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partir, un de ses plus privés gentilshommes luidéclara l’affaire, en le priant de prendre quelquepatience et de ne point tomber en trop grandemélancolie.
Le bon roi René, entendant raconter la pertede son cher pays d’Anjou , se trouva d’abord unpeu troublé; mais quand il eut repris courage, ildit : « Je n’offensai jamais le roi de France , et il« ne me devait point faire un tel tour; mais que« la volonté de Dieu soit faite ! Il m’a tout donné« et peut tout m’ôter à son plaisir. Le roi n’aura« point guerre avec moi pour mon duché d’An-« jou; mon âge de soixante-cinq ans ne convient« plus aux armes, et je n’en pourrais plus porter« le travail. Dieu , qui est vrai juge, jugera entre« lui et moi. Dès long-temps j’ai fait le propos de« vivre le reste de ma vie en paix et repos d’es-« prit, et je le ferai s’il est possible. »
Puis le vieux prince, du moins on le raconteainsi, se remit tranquillement à achever la pein-ture d’une belle perdrix grise qu’il avait com-mencée lorsqu’on était venu lui annoncer la pertede son duché. Sans tarder, il se mit ensuite enroute pour son comté de Provence , où il fut lebienvenu. On était toujours content de l’y voir,comme aussi il se montrait content d’y revenir.