OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. Sjìct. II. 313
sur les Normans & les tailla en pieces. Malgré'cette victoire,; voyant qu’il Hist. anc .ne pouvoit pas compter fur l’obéissance des François, il acheca la paix de Je Hol-Sigefroy, moyennant douze mille talcns qu’il promit de lui payer cous les lanAe -ans. (1) Carloman mourut peu de cems après, de la blessure d’un sanglier. og ~ '
A peine fut-il mort, que Sigefroy viola les traités, prétendant que Carloman Ils veulentavoit acheté, la paix, & qu’il ne tenoit qu’à son successeur d’en jouir au mê- vendre la-me prix. (*) Ce succeílèur étoit Charles le Gros, qui réunit fur fa tête P AI- 'ri t * r i islemagne, l’ícalie & la France. Godefroy, qui cherchoit un prétexte de dé- Grw. W *clarer la guerre, en prit un aíîèz singulier; il prétendoit que les Etats qu’onlui avoit donnés ne produisant que des grains, l’Empereúr devoit lui céderAndernach & Coblentz qui produifoient du vin. II envoya à ce sujet uneambassade à Charles, que cette proposition jetta dans l’embarras. D’un côté,le refus entraînoit la guerre; de l’autre, accorder cette demande, c’étoitouvrir l’Allemagne à Godefroy. L’Ambassadeur de Godefroy étoit Gerlof -,tige des Comtes de Hollande.
Le Prince Danois avoit promis à Hugues, frere de Gifelle, de soutenirses prétentions au trône de Lorraine, qu’ils dévoient partager: il avoit faitde grands préparatifs de guerre, & tandis que Gifelle écartoit les soupçonsloin de .Charles par de continuelles marques d'amitié, son époux appel soit Tentatives■les Danois ■&. leur offroic des établissemens dans le Kennemerland, d’où ils despourroient étendre plus loin leurs conquêtes. (2) Les Danois vinrent en ^Holkm--foule & fe retranchèrent fur l’Yssel, dans le deslèin de s’emparer de Does- de. ■bourg; mais leur projet fut renversé par le Duc Henri.
. L’Empereur avoit pris du tems pour répondre à la dérnande de Godefroy.
Dans Pintervalle il fit venir Henri, Duc de Saxe, qui commandoit dans leBrabant, & à qui il exposa fes inquiétudes. Le Duc ne lui dissimula pointla difficulté de fe débarrasser des Normans, défendus par leurs marais & ferenouvelant fans ceílè; il ajouta que Godefroy, coupable de tant de perfi-dies, ne méritoit aucun ménagement, & que si l’Empereur y consentait, iltrouveroit le moyen de l’en délivrer, (z) Charles le laissi le maître. Henrichoisit une troupe de Westphaliens, qu’il"sit pastèr successivement fur lesfrontières de la Betuwe, déguisés en marchands. Lorfqu’ils furent rendusà leur destination, il s’y rendit lui-même en qualité d’Ambassadeur, avec Gui-libert, Evêque de Cologne, & une escorte * très nombreuse. A son arrivéeil fit demander à Godefroy une conférence à Schenck , fur la pointe quifait la séparation du Rhin & du Wahal ; Guilibert écarta Gifelle, sous pré-texte d’une conférence particulière. Henri avoit confié son dessein h Eve-raid, que le Prince Danois avoit dépouillé de fes terres & qui n’afpiroicqu’à la vengeance. Godefroy parla de l’Empereur avec peu de ménagement.
Everard lui répondit, d’un ton fier, qu’il falloit être foi-même exempt de
O) Fbbo Emm. rer. Fris. L. V.
C 3 Fa plus fâcheuse des extrémités à laquelle un Etat puiffeêtre réduit, est d’être forcéà acheter la paix de fes ennemis. Ii s’ôte les moyens de leur résister & leur donne ceux del’accsbler plus sûrement ; il se rend méprisable & ne sait que retarder sa perte. La paixacquise à prix d’argent,'ne pouvant être que momentanée, un Etat ne doit recourir à cet-te ressource qu’autant qu’il a besoin de tûius, pour faire des préparatifs.
(2) Regin. Ann. Fuid. ad ann. 884. (z) Hist. gén. des Prov. Uaies. L. IV. T. II.
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