Srct. VI.Hist. deHollande.i555->5^7.
Condamna-tion tle sd ux pri-sonniers.
Mort duComted'Egmoní& du Com-te de llor-ne.
Z42 H I STOIRE DE HOLLANDE
goureux. Le Duc d’Albe fit venir l’Evêque. d’Ypres pour leur annoncerleur supplice & les préparer 4 la more. Le Prélat ne put retenir lés larmes,lorsqu’il sçut quel emploi lui écoit confié. 11 lé jetta aux pieds du Duc, &lui demanda la grâce des deux accusés. Le Duc lança fur lui un regardterrible. L’Evêque vit bien qu’il n’obtiendroit jamais la vie de cts infortu-nés; il demanda un délai de quelques jours; mais le Duc le repoufíà en luidiíant: je ne vous ai point appellé à Bruxelles pour retarder ïexécution deleur sentence , mais pour les y préparer. L’Evêque consterné lé renditauprès du Comte d’Egmond, & , d’une main tremblante , lui présenta sasentence morcelle. Le Comte pâlit à cette vue. „ Voici une sentence bien„ rigoureuse, dit-il; je ne pense pas avoir tant offensé sa Majesté, pour„ mériter un tel traitement ; néanmoins je le prends cn patience & prie le,, Seigneur, que ma mort soit une expiation de mes péchés, & que par-là,„ ma chere femme & mes enfans n’encourent aucun blâme ni confiscation;„ car mes services passés méritent bien qu’on me faste cette grâce. Puisqu’il„ plaît à Dieu & au Roi, j’accepte la mort avec patience.”. Le Comtese confesla, communia de la main de l’Evêque , écrivit à Philippe, à Sabinede Bavière, son épouse. II fondoit en larmes lorsqu’il songeoit à la nom-breuse famille, qu’il laissoit dans l’indigence & dans l’opprobre. Enfin re-venu à lui-même, il demanda à l’Evêque quel discours il pourroit tenir furl’échaffaud, pour l’édification du peuple? Le Prélat lui répondit, que lemoins qu'il pourroit parler feroit le mieux , & cela pour deux raisons : àcause qu’il ne Jeroit pas entendu ; l'autre , que quand il feroit entendu , lepeuple étoit tellement méchant , qu il interprêteroit diversement ce qu'ildìroìt ,. & qu'enfin ses discours pourroient profiter à quelques - uns & nuireà plusieurs. Des soldats Espagnols entrerenc ausiìtôt; ils apportoient descordes pour lui lier les mains. „ Cette précaution est inutile, leur dit le,, Comte: on ne me traînera point h l’échaffaud; j’y irai volontairement."II y monta avec beaucoup de fermeté, se couvrit la tête d’un bonnet, l’abaistâsur ses yeux, & reçut le coup mortel. Le peuple, présent à ce spectacle,fondoit en larmes; les uns crioient Grâce! plusieurs crioient Vengeance!tous frémissoient ; ce qui prouve que ce n’est pas toujours un sentiment decruauté qui rasièmble la multitude autour d’un échaffaud.
„ ordonné par son Excellence. Et ce pour cha/loy (châtiment) exemplaire des délits &„ crimes commis par ledit Comte d’Egmond : commandant que nulle personne ne soit osée,, de la ôter de iìlec, sous peine de la mort, & confisqués pour le fisc & chambre Royale„ tous & quelconques ses biens, meubles & immeubles, droits & actions, de quelque„ nature & qualité qu’ils soient, & en quelque part qu’ils soient situés & feront trouvés,„ confisqués au profit de Sa Majesté. Ainsi arrêté & prononcé à Bruxelles le 4 Juin„ 15(58.” - La Sentence de mort prononcée contre le Comte de Horne étoit con-
çue à-peu-près dans les mêmes termes : ,, Vu pareillement les charges résultans dudit pro-,, cès , d’avoir ledit Comte commis crime de Leze-Majesté & rébellion, favorisant &„ étant complice de la ligue & conjuration abominable du Prince d’Orange & de quel-,, ques autres Seigneurs desdits pays de par decha. Ayant auffi ledit défendeur favorisé &„ soutenu les Gentilshommes Confédérés du Compromis, & les mauvais offices qu’il a„ faits en la ville de Tournai,y étant envoyé par Madame la Duchesse de Parme,lors Ré-,, gente & Gouvernante desdits pays, pour remédier aux désordres & tumultes advenu s„ audit lieu , à i’endroit de la conservation de notre sainte foi Catholique, & défense„ d’icelle, avec 4 es sectaires séditieux & rebelles de la Sainte Eglise Apostolique Romai-„ ae & de Sa Majesté &c. "