OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. Sect. VI. 543
Le Comte d’Egmond, peu d’heures avant fa mort, écrivit à Philippe II Hist. cksla lette suivante. „ Sire, j’ai entendu ce matin la sentence qu’il a plu à Hollande.„ Votre Majesté décréter contre moi; & combien que mon intention naît I555 ' IS ° :„ jamais été de rien traiter, ni faire contre la personne, ni le service de„ Votre Majesté, ni contre notre vraie, ancienne & Catholique religion,
„ si est-ce que je prends en patience, ce qu’il plaît à mon bon Dieu de„ m’envoyer & si j’ai, durant ces troubles, conseillé ou permis de faire„ quelque chose, que semble autre, n’a été toujours que avec une vraie,
,, & bonne intention au service de Dieu & de Votre Majesté, & pour la„ nécessité du temps. Par quoi, je prie h Votre Majesté me le pardonner,
„ & avoir pitié de ma pauvre femme, enfans & serviteurs, vous souvenant„ de mes services passés ; & fur cet espoir m’en vais me recommander à la„ Miséricorde de Dieu. De Bruxelles, prêt à mourir, le 5 Juin 1568.”
Le Comte de Home ne montra pas tant de soumission aux ordres duRoi & du Duc d’Albe, que l’Evêque appelloir ceux de la Providence. IIs’écria que cet arrêt étoit inique. Le Prélat s’efforça de le résoudre à céderà la nécessité. II l’engagea à se confesser: je me suis confessé à Dieu , répon-dit le Comte. Cependant il se rendit à ses instances. II vit bientôt entrerles satellites; il les suivit, traversa la place, la tête levée, le regard tran-quille, saluant les personnes de fa connaissance, leur disant adieu d’une voixíerme : lorsqu il fut monte fur 1 échaffaud, il vit un corps couvert d’un drapnoir; il demanda st ce n’étoit pas celui du Comte d’Egmond? On lui répon-dit qu’oui. II proféra alors quelques mots Espagnols, fit une courte priere,
& tendit la tête à Pexécuteur.
Le Comte étoit d’une belle taille : son maintien étoit noble, sa physiono-mie agréable; il ne laissa qu’un fils qui mourut en bas - âge: il étoit frere deFlorent de Montmorency, Baron de Montigny, que nous verrons périr d’u-ne maniéré aussi tragique. Son épouse étoit Walpurge de Nuénar, fille deGuillaume Comte de Nuénar, & d’Anne Comceslè de Wied. Les deux têtesfurent exposées pendant quelques heures fur deux poteaux. II paroît que ledessein du Duc d’Albe étoit de prolonger longtemps cet affreux spectacle &d’imiter, en cela, Fufage barbare des Despotes d’Asie: mais il fit retirer lesdeux têtes & inhumer les deux cadavres, parce-que cette vue excitoit plusd’indignation & de pitié, que de terreur. On vit des Flamans tremper deslinges dans le sang de ces infortunés, & les emporter, comme des restescapables de les exciter h venger les' deux Comtes & à' délivrer leur patrie.
Quant à ce qui s’étoit passé h Tournai, dont il est fait mention dans lasentence du Comte de Home, tout son crime étoit d’y avoir établi uneespece de Tolérance , qui laiíloit cependant la supériorité à la ReligionCatholique. La Gouvernante avoit été satisfaite de fa conduite, puisqu’elielui écrivoit le 12 Septembre 1566: „ Je ne veux laisser de vous dire, qu’il„ me semble que vous avez pris-Je contenu de mes précédentes en autre part„ que je ne les ai écrites ; car s’il vous les plaît revoir, " ne trouverezquai repris , ou ai eu mécontentement de votre négociation; au contraire’fat dit que. je sçavois que vous y avez procédé de bon zele , „ considérant les„ extrêmes nécessités en quoi les affaires font réduites. ” Le Comte avoir em-pêché que les Protestans ne troublassent le service Divin ; il avoit fait resti-