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554 HISTOIRE DE HOLLANDE
proche; on a en France la preuve de cette action horrible dont je l’accuse. ",, Mais ce ne fut pas le seul aílàísinat que ce mariage lui fit commettre; illui fit sacrifier son fils unique : fans cela le Pape n’auroic pu lui accorder la! dispense qu’il désiroit, & pour l’obtenir il n’auroit pas eu le prétexte den’avoir point d’héritier mâle. C’eft donc à ce mariage qu’il faut attribuer lamort de l’infortuné Don Carlos , auquel on pouvoir reprocher quelqueinconduite, niais pas un seul crime qui pût justifier fa condamnation, encoremoins excuser un pere de tremper fes mains dans le sang de son propre fils.Mais, quand bien même Don Carlos eût été réellement coupable, devoic-ilêtre jugé par des moines, par des Inquisiteurs Espagnols, vils esclaves de latyrannie de son pere ? C’étoic à la nation, c’étoit à se s futurs sujets à quison pere devoir déférer son crime, c’étoit h eux à juger son fils. ”
„ Mais ce bon Roi, juste & équitable comme il Test, n’auroit-il pasaussi été porté h sacrifier son fils aux scrupules qu’il auroit pu avoir de laiílèrà fes sujets, dans son héritier, un Prince sorti d’un mariage illégitime? car,Messieurs, le mariage de Philippe avec la mere de Don Carlos n’étoit pasmoins contraire aux loix de Dieu & des hommes, que son second mariage.Dans le tems qu’il épousa la Princefiè de Portugal, il étoit déjà engagé dansles liens du mariage avec Isabelle Oforis, dont il avoit eu deux enfans, Pedre& Bemardino. Ce mariage qu’avoit fait Ruy Gomez de Silva , Princed’Eboli, fut la source de la puifiance & de la grandeur de ce Seigneur. Per-sonne n’ignore que dans le même tems ce Roi, qui prend aujourd’hui avectant de chaleur le parti de la chasteté, vivoit dans un adultéré habituel avecune autre femme, nommée Euphrasie. Qui ne fait pas qu’il força le Princed’Afcoli d’époufer cette même femme, qui étoit enceinte de lui? Ce Princeinfortuné mourut, & tous les courtisans Espagnols attribuèrent fa mort auchagrin que lui avoit fait PafFront auquel il avoit été obligé de sc soumettre,& la cruelle nécessité où il s’étoit vu de reconnaître pour son héritier le bâ-tard adultérin d’un autre: dans le vrai, ce fut le Roi qui Je fit empoisonner.Voilà, Meilleurs, la conduite chaste & les mœurs pures de ce même Roi,qui a aujourd’hui l’audace de vouloir noircir mon mariage & de le qualifierd’une violation manifeste des loix sacrées de la chasteté.”
,, Je terminerai cette apologie, après m’être permis de faire encore quel-ques remarques fur la nature & fur l’espece de la sentence de proscriptionqu’il a prononcée contre moi. C’est dans cette partie de l’édit que le Roi,
. ou quelque vil instrument de fa tyrannie, a employé contre moi les expres-sions les plus fortes & les plus atterrantes ; mais elles ne me causent pas plusd’effroi, que n’en ont causé les anathèmes de Clément VII au Prince Phili-bert, mon parent, quand il assiégea ce Pape dans le château de St. Ange &qu’il l’y fit prisonnier. Après les preuves que j’ai données du peu de crainteque m’inspire le pouvoir de Philippe,après avoir fait tête depuis tant d’annéesh fes meilleurs généraux & aux nombreuses armées qu’ils commandoient,c’est un moyen bien puéril que Philippe emploie pour m’intimider, que cetteproscription , les déclamations qu’elle renferme & les termes outrageansqu’elle contient. J’ai moins de raisons maintenant que je n’en avois autrefois,de craindre les attentats de ces misérables qu’il veut armer contre moi. Jen’ignore pas qu’avant de s’en servir, il a offert de très-grandes récompeníès