Buch 
43 (1782) La continuation de l'histoire du royaume de Suède, l'histoire des royaumes de Dannemarck et de Norvège et les six premières sections de l'histoire de Hollande ou des Provinces Unies
Seite
555
JPEG-Download
 

OU DES PROVINCES UNIES, Liv. XXXIII. Sect. VI. 555

à des empoisonneurs & h dautres aflàssins pour les engager à me priver de la H\fl. devis; il agiflbit alors secrètement; mais aujourdhui cest publiquement quil Hollande,mavertit de ses projets sanguinaires. Jespere quavec laílistance de Dieu & 1555-1567.de mes amis, je naurai rien à craindre de ses machinations infernales, & que,malgré elles, je conserverai ma vie aussi longtems que lexigeront les intérêts& la prospérité des peuples, auxquels je lai dévouée.

Ce qui augmente ma confiance, cest lindignation générale quont causé& que causent encore aujourdhui les moyens que met en usage mon ennemipour me détruire. Je suis persuadé quil ny a pas une nation en Europe,pas un Prince dans lunivers, si lon en excepte le Roi dEspagne & les Espa-gnols , qui ne regardent comme barbare & déshonorant dautoriser ainsi, &même dencourager publiquement, le meurtre & laslàssinat. Mais tous lesscntimens dhumanité & dhonneur font depuis longtems étrangers au RoidEspagne:& à ses sujets. Philippe, ayant recours à un assiissin pour se défairedun ennemi qui ne lui cache ni sa haine ni son mépris, avoue à la face delunivers entier quil est fans espérance de le vaincre par la force des armes.

Nesl-ce pas de fa part un témoignage authentique quil craint les efforts queje puis faire contre lui? Nest-il bien honteux, bien lâche & bien bas, defaire un tel aveu? Mais la lâcheté & la bassesse de fa conduite ne font pasplus grandes, que labsurdité du choix des récompenses quil promet à ceuxqui exécuteront son projet cruel: il ne leur promet pas seulement de largent,mais la noblesië, mais des honneurs; comme si lamour de la gloire pouvoitinfluer en quelque forte fur un homme capable de commettre une action quile déshonoreroit & qui le feroit généralement détester. Si un gentilhommeétoit asièz malheureux pour se laisièr séduire par 4appas des promeílès dePhilippe, dès le moment quil sen rendroit digne, ne perdroit-il pas fa no-blesse? & qui est-ce qui oseroit former avec lui aucune efpece de liaison,fans fe croire déshonoré? Mon ennemi lui-même la senti, puifquil sadresièplus particulièrement aux criminels & aux malfaiteurs quà tous autres:^:? ,dit-il, que ce que je demande puisse s'exécuter plus facilement & pluspromptement , & désirant de punir le vice & de récompenser la vertu , nouspromettons , foi de Roi & comme Ministre du Seigneur , que s'il fe trouvequelqu'un qui ait a fez de courage & d'amour du bien public , pour exécu-ter nos ordres & nous délivrer de cette peste de la société , mus lui feronsdonner , en terres ou en argent , à son choix , la somme de vingt-cinq milleécus : t il a comihis quelque crime , quelqu'énorme qu'il soit , nous musenrageons de lui en accorder le pardon : s'il n'est pas noble , de l'annoblir ,amfi que tous ceux qui l'aideront & l'a fi fieront. Nest-ce pas, Mes-sieurs , une invitation formelle à tous les scélérats & à tous ceux que la so-ciété a banni de son sein? Point de crime, quelquénorme quil soit, qui nesoit pardonné; pointée criminel, quelquabominable quil puisse être, quine soit comblé dhonneurs. Un Roi qui fait de telles promesses, qui invoquele secours de gens de cette efpece, a-t-il le droit de prendre le titre de Mi-nistre de Dieu? lui, qui ne met pointée distinction entre le vice & la vertu*lui, qui fans rougir déclare publiquement quil est dans la volonté daccorderdes récompenses & des honneurs à des hommes souillés des crimes les plusatroces. En vérité, Messieurs, je me réjouis dêtre persécuté par un homme

Aaaa 2