55 6 HISTOIRE DE HOLLANDE, &c.
Skct. VI. à qui ]a conscience permet d’employer des moyens aussi impies : les sentimens.Hifl. de dépraves du cœur de mon accusateur font un témoignage de mon intégrité. ”Hollande. ^ j e cro j s q U e ce que je viens de dire, suffit pour me justifier des fauiîès1555-15 7 • i m p Uta tions dont est rempli l’édit de proscription. Je n’aurois jamais fini 9si j’étois entré dans le détail des cruautés que Philippe a exercées envers lespeuples des Pays-bas; si j’avois voulu rapporter toutes les injustices qu’il acommises à leur égard: ce détail, d’ailleurs, auroit été inutile; vous avezété spectateurs, Messieurs, de ces scenes horribles, & même les victimesde l’oppression. ”
„ Mais, avant de finir, je dois cependant vous supplier de réfléchir sé-rieusement sur les moyens auxquels notre ennemi est forcé aujourd’hui d’avoirrecours pour accomplir son dessein. Cette infâme proscription, les peines &les foins que lui & ses ministres prennent continuellement pour semer la divi-sion parmi ces provinces, font voir clairement qu’il est fans espérance denous aflèrvir par la force des armes, tant que nous resterons unis. ”
„ C’est assurément ma perte feule qu’on fe propose. Si la mort, ou lebannissement, m’ôtoit d’au milieu de vous, dit Philippe, la tranquillité seroicbientôt rétablie dans les Pays-bas. Vous concevez aisément de quelle tran-quillité il veut parler. Rappelez-vous la situation où. vous vous êtes trouvésavant mon retour dans ces provinces ; vous gémissiez alors fous ^oppressiontyrannique du Duc d’Albe. S’il étoit vrai que mon exil pût vous délivrer devos calamités, Philippe n’auroit pas besoin d’employer le secours des assassins& des empoisonneurs. Combien de fois me fuis - je exposé volontairementLux dangers les plus grands pour votre défense? C’est à vous à juger si mavie & ma présence sont utiles ou préjudiciables au bien de ces provinces;c’est à vous seuls, & non au Roi d’Eípagne, que je dois compte de maconduite : vous avez fur moi un pouvoir absolu ; disposez, comme vous letrouverez à propos, de ma personne & de ma vie; prononcez: j’obéiraitservez-vous de l’aiitoriré dont je reconnois que vous êtes investis, donnezdes ordres, ou pour mon départ, ou pour ma mort, si vous jugez l’un ou.l’autre nécessaire au bien général. "
„ Mais si, au contraire, comme je m’en flatte, ma conduite passée vousa convaincus de la sincérité de mon zele & de mon attachement; li ma lon-gue expérience vous donne de la confiance en mon habileté pour conduire,vos affaires, je continuerai d’employer à votre service les talens que j’ai reçusdu ciel, dans l’espérance que von s ferez attention aux exhortations précé-dentes que je vous ai laites de maintenir parmi vous ì’harmonie & la concor-de, & que vous travaillerez vous-mêmes avec vigueur à défendre le peuple,que vous vous êtes engagés de protéger, comptant qu’avec la grâce daTout-puissant vos travaux seront couronnés de succès.”
Fin du Tome Quarante-trou.