[ 258 .]
165
» tiré de la terre, et qui excite à tous les crimes. L’or véri-» table est la lumière dont ces pauvres sont les disciples :» les grands du siècle sont les pauvres, vraiment misérables)) et méprisables. Voilà les trésors que je vous ai promis : re-» gardez ces vierges et ces veuves, elles forment la couronne» de l’Église. Profitez de ces richesses pour Rome, pour» l’empereur et pour vous-même. » Le préfet, dans l’excèsde sa fureur, s’écria : « Misérable! tu oses mépriser les lois» de l’empereur, parce que tu ne crains pas la mort, mais la» vengeance sera terrible ! »
Aussitôt il ordonna aux bourreaux d’apporter un lit defer, sous lequel on étendit de la braise demi-éteinte, pourbrûler le martyr plus lentement : on dépouilla Laurent deses vêtements et on l’attacha sur le gril. La résignationet le courage qu’il fit paraître pendant cet horrible suppliceopéra la conversion de plusieurs païens, et parmi eux setrouvaient des personnes de grande distinction. Le poète Pru dence rapporte que les néophytes, c’est-à-dire les chrétiensnouveaux baptisés, affirmaient que son visage était environnéd’un éclat extraordinaire , et qu’une odeur suave s’exha-lait de ses chairs consumées; il ajoute aussi que les infi-dèles et les impies n’aperçurent point cette lumière et nesentirent pas cette odeur. Nous devons regarder cette parti-cularité comme un ornement poétique. Quoi qu’il en soit, aumilieu d’affreux tourments, le bienheureux martyr ne cessapoint de chanter les louanges du Très-Haut, et encourageaitles fidèles à confesser avec lui la sainte doctrine de Jésus- Christ . Lorsqu’il fut calciné d’un côté, il dit au préfet, pourse jouer de sa cruauté, comme il avait fait auparavant de