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HISTOIRE DE SHUCE.
» Afin que vous ne soyez pas trompée par les apparences» cl’une fausse piété, je vous tracerai le portrait de l’un de» ces prêtres passé maître dans le métier : il se lève avec» le soleil; l’ordre de ses visites est préparé; il cherche» les chemins les plus courts : ce vieillard importun entre«jusque dans les chambres où dorment les femmes; s il« voit un oreiller, une serviette ou de petits meubles à» son gré, il les examine avec attention, en admire la pro-» prêté ; il les tâte, se plaint de n’en avoir point de sembla-» blés, et les arrache plutôt qu’il ne les obtient.
» Des évêques mêmes, sous prétexte de donner leur béné-» diction, étendent la main pour recevoir de l’argent, de-« viennent les esclaves de celles qui les payent, et leur ren-» dent avec assiduité les services les plus bas et les plus in-» dignes, pour s’emparer de leurs héritages. »
Plusieurs prélats, furieux de se voir démasqués par lescritiques de saint Jérôme, se vengèrent de lui par des médi-sances : on censurait sa démarche, l’air de son visage; sasimplicité même était suspecte; enfin la calomnie s’étenditjusqua noircir sa réputation au sujet des femmes et desvierges auxquelles il expliquait assidûment l’Ecriture sainte.
La conduite exemplaire de Jérôme, sa haute piété, au-raient dû le mettre à l’abri de semblables soupçons ; maisle peuple de Rome était déjà prévenu contre les moines ve-nus d’Orient, regardés avec raison comme des imposteurs quicherchaient à séduire les filles de qualité. Le saint docteur,obligé de céder à l’envie, quitta l’Italie pour se soustraireaux chagrins qu’on lui suscitait, et il se plaignit amèrementdans sa lettre à Marcelin, des outrages qu’il avait éprouvés