298
HISTOIRE DES PAPES.
023 .]
que saint Augustin avait élevé dans son monastère : il n’a-vait encore que le degré de lecteur lorsque son protecteur luifit imposer les mains et l’établit évêque de Fussale, petite villeà l’extrémité du diocèse d’Hippone. Antoine fut reçu par lesfidèles avec une entière soumission ; mais bientôt ses dés-ordres et les scandales de sa conduite furent si grands, quele peuple se révolta contre son autorité.
Un concile d’évêques s’assembla pour le juger : les Fussa-liens l’accusèrent de pillages, d’exactions, de débauches, etfournirent les preuves de leurs accusations. Les pères nepouvant refuser une condamnation, et désirant se montrerindulgents pour le protégé de saint Augustin, lui laissèrentle titre d’évêque en lui ôtant la conduite de son évêché.
Antoine, enhardi par la faiblesse du synode, présenta unerequête au pape, par laquelle il demandait à être rétabli dansson église, soutenant qu’il n’avait pas dû en être privé, ou qu’ilfallait aussi le déposer de l’épiscopat. Célestin écrivit aux pré-lats d’Afrique en faveur du jeune évêque, mais en exprimantqu’il demandait son rétablissement dans le cas où il lui auraitexposé l’ordre des faits avec fidélité. Antoine, fort du juge-ment de l’évêque de Rome , menaçait de le faire exécuter parla puissance séculière ou à main armée : alors saint Augus-tin, pour éviter les effets de l’indignation générale, se déter-mina à envoyer à Célestin tous les actes du procès, en lepriant d’interposer son autorité pour empêcher des manifes-tations violentes.
La lettre de saint Augustin est écrite dans le temps où lesévêques d’Afrique montraient encore de la déférence pourles appellations de Rome : mais quand ils eurent pris une