322
HISTOIRE DES PAPES.
[ 445 .]
Priscillicn, pendant ces horribles souffrances, adressait àDieu ses prières, et refusait toujours de glorifier le pape.
Alors le moine chargé de l’exécution donna l’ordre auxbourreaux de commencer le supplice : on lui arracha les che-veux et la peau du crâne, on brûla avec un fer rouge toutesles parties de son corps, on fit tomber sur ses blessures del’huile bouillante et du plomb fondu, enfin on plongea dansses entrailles une fourche rougie au feu, et ce martyr expiraaprès deux heures de souffrances effroyables.
Léon fit ensuite poursuivre les débris de la secte et lesabandonna à la haine implacable des prêtres. Leur vengeancen’étant point encore satisfaite par la condamnation de Priscil-lien, ils abusèrent bientôt de leur crédit et de la faveur de lacour en persécutant les gens de bien : c’était assez pour êtresuspect de jeûner et d’aimer la retraite ; et le plus grand descrimes alors fut d’être sage et honoré. Les citoyens quiavaient déplu au clergé étaient accusés de priscillianisme,surtout quand leur mort pouvait être agréable au princeou lorsque leurs richesses devaient remplir les trésors dusaint-père.
Saint Martin, évêque de Tours, condamna hautement l’in-tolérance du pontife , qui, sous le manteau de la religion,cherchait à satisfaire son ambition et son avarice, en sacrifiantle repos des peuples : dans les premiers temps, il refusamême de communiquer avec les évêques d’Espagne quiavaient exécuté les ordres de Léon ; mais dans la suite, fati-gué de leurs obsessions, il se laissa extorquer un acte decommunion avec eux. 11 en fut très-affligé pendant le restede sa vie, et resta persuadé que cette action avait empêché