[XIV. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES ET des EMPEREURS. 81
« Ce sont les commencements des douleurs de notre pauvre» France , qui fut tant ravagée par l’Anglais , » disent leschroniqueurs; en effet, les journées fatales de Crécy et del’Écluse, la prise de Calais , vinrent porter un coup terribleà notre marine et à nos finances. Aux calamités qui signa-lèrent l’avénement de la maison des Valois sur le trône, sejoignirent la peste et la famine, qui exercèrent leurs ravagessur les populations des villes et des campagnes. Enfin,après un règne de vingt-deux ans, Philippe mourut à No gent-le-Rotrou , le 12 août 13S0, et le royaume s’en trouvadélivré.
Jean, son fils aîné, lui succéda à l’âge de quarante ans :ce prince était d’un naturel emporté, d’un esprit étroit, etcapable tout au plus de commander à des moines; il setrouva néanmoins par le hasard de sa naissance, et par le faitdelà loi d’hérédité, appelé à gouverner un grand peuple. Sonrègne commença par des exécutions : le connétable Raoul,comte d’Eu et de Guines, fut décapité par ses ordres, sansavoir été mis en jugement ; les deux frères d’Harcourt, sei-gneurs de Maubrée et de Colinet, eurent le même sort;enfin, unissant la perfidie à la férocité, il invita le roi deNavarre à une fête, fit traîtreusement massacrer sa suite, etle fit prisonnier contre le droit des gens.
Cette dernière lâcheté suscita au roi Jean des ennemispuissants ; le frère, les parents et les amis du roi de Navarreprirent les armes pour le venger, et la guerre éclata dansle midi de la France .
A la faveur de nos discordes civiles, les Anglais étendaientimpunément leurs conquêtes dans les provinces; et déjàvx. 6