[XIV. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 85
de Montreuil-sur-Mer, de Ponthieu, de Calais , de Guines,de Méry, de Sangite, de Boulogne , de Humes, de Yales etd’Ouin; il s’engageait en outre à lui payer trois millionsd’écus d’or.
Malgré l’épuisement où se trouvaient les finances duroyaume, les états de la noblesse témoignèrent leur joie duretour de Jean, en lui offrant un buffet ciselé en vermeil,qui avait coûté plus d’un million cinq cent mille livres !Comme d’ordinaire, ce fut le peuple qui paya. Pour tout re-mercîment, le roi Jean doubla les impôts; ensuite il mit sapropre chair à l’encan, et vendit sa fille Isabelle à Galéas,tyran de Milan , pour six cent mille florins, qu’il vint dépenserà Londres avec la comtesse de Salisbury. Du reste, ce lut sondernier voyage; à la suite d’un excès de table, il eut une vio-lente indigestion, dont il mourut le 8 avril 1564. Son corps futrapporté à Paris , en grande pompe, et déposé à l’abbaye deSaint-Denis , cette redoutable et dernière demeure des roisde France .
Charles Y, fils aîné de Jean, lui succéda, et se fit décerner,en montant sur le trône, le surnom de Sage, que les chroni-queurs du temps lui ont conservé, « parce que, disent-ils,» ce prince avait moult prudence, et ne paraissait jamais à la» tête de ses armées, pour ne pas tomber au pouvoir des en-» nemis, et afin d’éviter le sort de son père. » Ce titre desage ne pouvait pas en effet lui être donné à cause de sesgrands talents dans l’administration du royaume, car, soussa régence, les provinces avaient été ravagées par des bandesde pillards, appelées Compagnies franches, sans qu’il songeâtmême à les détruire; ce n’était pas à cause de sa grande