[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPERËÜRS . M
Un soldat du régiment des gardes ayant été enfermé dansune prison civile du faubourg Saint-Germain, pour avoir tuéen duel un de ses camarades, le duc prétendit qu’en sa qua-lité de colonel général de l’infanterie, il était seul juge decette affaire, que le parlement lui avait manqué d'égards enempiétant sur ses attributions; et sans autre explication ilprit quelques soldats de la compagnie qui était de serviceau Louvre, il,fit briser les porte,s de la prison et enleva legarde. Le bailli de Saint-Germain adressa immédiatement saplainte à la cour, qui commit sur-le-champ plusieurs con-seillers pour en informer.
Le duc d’Épernon joua l’exaspération, exhala sa colèrecontre le parlement par d’affreuses menaces ; puis, récla-mant l’aide des gentilshommes qui étaient présents, il se mità leur tête et se dirigea vers le palais pour attendre la sortiedes conseillers. A la levée de la séance, ceux-ci traversèrentle vestibule, suivant leur habitude, pour se rendre dans uneautre chambre et déposer leurs robes. Tout à coup ils sontassaillis par une troupe de furieux, qui les frappent du reversde leurs épées, les terrassent, les foulent aux pieds, dé-chirent leurs vêtements avec leurs éperons, en blessent mêmeplusieurs, en leur criant que c’était pour leur apprendre àse mêler des affaires de la reine et de ses ministres. Ce traitd’audace étant demeuré impuni, l’insolence des favoris deMarie de Médicis ne fit que s’accroître, et tout plia devantl’autorité du ministre.
Enfin Louis XIII se fatigua d’obéir, et résolut de se sous-traire au joug du maréchal d’Ancre et à la tutelle de samère; toutefois, comme il n’entrait pas dans son caractère de