[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 109
son éminence avait eu l’avantage. Gondy lui-même en faitl’aveu dans ses mémoires de la manière suivante: « J’étais» alors en grande retraite; j’étudiais tout le jour, et je» n’avais presque plus d’habitudes avec les femmes de la» cour, excepté avec madame la princesse de Guémenée . Le» diable lui était apparu il y avait quinze jours, évoqué par» les conjurations de Robert Arnauld d’Andilly, qui, je crois,» était encore plus amoureux que moi de la belle. J’évoquai» de mon côté, en faveur de ma princesse, un démon qui lui» apparut sous une forme plus bénigne et plus agréable, et» qui la détermina au bout de sept semaines à quitter sa re-» traite de Port-Royal, où, de temps en temps, elle faisait» néanmoins des escapades. Il s’en fallut de bien peu que» mes enchantements ne fissent naître une tempête à boule-» verser l’Europe entière. Le cardinal de Richelieu, qui ai-» mait à ra*iller et ne pouvait supporter la plaisanterie, en fit» une en plein cercle sur mon compte et sur celui de madame» de Guémenée , dont il n’avait reçu que des rebuffades. Cette» princesse, à laquelle on rapporta le propos, fut outrée» contre le ministre et moi encore plus qu’elle.
» A cette première cause de haine vint s’en joindre une» autre. Madame de la Meilleraye, de qui, toute sotte qu’elle» était, je me sentais amoureux, plut à son éminence. Elle» n’aimait point le cardinal, qui était encore plus vieux par» ses incommodités que par son âge, et qui était tout à fait» pédant en amour. Dans les premiers temps, elle me tenait» au courant des avances ridicules qu’il lui avait faites et des» propositions honorifiques qu’il avait adressées au maréchal» son mari, ce qui nous mettait fort en gaieté ; mais peu à