[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 191
les passions sanguinaires et vaniteuses du maître, et de luiconseiller la plus absurde, la plus extravagante, la plus iniquedes invasions.
Turenne fut immédiatement placé à la tête d’une armée etenvoyé en Allemagne , afin d’effrayer les ennemis par larapidité de l’agression. Cette tactique réussit admirablement;les troupes françaises passèrent le Rhin , firent une marcheforcée de quarante lieues en quatre jours, surprirent les en-nemis dans une plaine près de Sintzheim, ville du Palatinat ,les culbutèrent et demeurèrent maîtresses du pays.
Néanmoins tout cela ne s’était pas fait sans livrer des com-bats meurtriers et sans que des deux côtés il ne restât bonnombre d’hommes sur les champs de bataille. Turenneécrivit alors à la cour de France qu’on eût à lui envoyer denouvelles troupes pour garder sa conquête, autrement qu’ilse verrait forcé, afin d’éviter toute rébellion, « de manger» le pays entre Heidelberg et Manheim. » Louvois réponditimmédiatement au général : « Sa majesté a besoin de son ar-» gent pour ses propres dépenses; elle ne veut point faire de» nouvelles levées de soldats, et préfère que le pays soit dé-» voré. » Turenne se conforma aux ordres du maître; ilcommanda aux troupes qui étaient répandues dans le Pala-tinat , de piller, de violer, de massacrer, d’incendier ; et sesinstructions furent si bien suivies, qu’en moins de dix jours,cent mille habitants, hommes ou femmes, vieillards et en-fants, jeunes filles et adolescents, avaient été violés, dé-florés, noyés, brûlés vifs ou égorgés; et que partout, lesvilles, les bourgs, les forêts, les récoltes, avaient disparu sousle fer ou sous le feu.