[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 197
étroit, profond, abords escarpés, inaccessible par ses maré-cages et par ses fanges. Ce fut là que sa majesté résolut debâtir un simple ermitage pour y coucher trois ou quatre foisl’année, avec une douzaine des courtisans en charges quiétaient le plus indispensables à son service.
D’abord on s’occupa de dessécher cet affreux cloaque,ce qui coûta plusieurs millions; ensuite on bâtit une maison,on y ajouta deux ailes; puis on remplaça la maison et ses dé-pendances par un château qu’on agrandit successivement;les collines furent taillées pour faire place aux bâtiments, lamontagne de l’extrémité fut emportée pour donner au moinsune échappée de vue fort imparfaite.
Au lieu d'un ermitage, sa majesté eut un palais magni-fique avec des jardins délicieux, possédant des aqueducs etla fameuse machine de Marly, qui distribuait l’eau dans toutel’étendue d’un parc immense clos de murailles, orné de sta-tues et de bassins, planté d’arbres séculaires apportés deCompiègne et disposés de manière à former des bosquets,des allées sombres. Il arrivait souvent que ces vastes espacescouverts d’arbres, par un caprice du maître, étaient subite-ment changés en d’immenses pièces d’eau, où l’on se prome-nait en gondoles, puis de nouveau transformés en forêtsépaisses à n’y pas voir le jour, ou bien encore en bassinsrenouvelés cent fois, en cascades à figures bizarres, changéeselles-mêmes en étangs remplis de carpes dorées, ornés destatues de bronze, qui, à peine posées, étaient enlevées etremplacées par d’autres, et cela une infinité de fois; aussiestime-t-on que Marly coûta plusieurs Versailles . Voilà oùs’engloutissaient tous les trésors de la nation sous le règne