[XVII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 199
Duquesne fut chargé de bombarder la ville. Ce redoutablemarin, qui avait vaincu Ruyter et relevé l’honneur du pavil-lon français dans l’Océan et dans la Méditerranée, n’osa pasrefuser cette triste mission , et vint ternir sa gloire devantGênes . Cette cité magnifique fut contrainte de s’humilierdevant Louis XIV et de lui envoyer son doge pour implorersa clémence. Duquesne ne tarda pas à déplorer l’acte delâche condescendance dont il s’était rendu coupable; laguerre terminée, sa majesté crut ne plus avoir besoin de l’a-miral, et le renvoya de la cour avec ce singulier compliment :« Je voudrais bien, amiral, que vos opinions religieuses ne» m’empêchassent point de récompenser les longs services» que vous m’avez rendus; mais vous êtes protestant, et je» suis trop bon catholique pour ne rien faire pour vous; la» guerre est finie, vous avez soixante-treize ans, vous ne» pouvez plus m’être utile; je vous retire votre commande-» ment et vous mets en retraite. »
Le marin, atterré par une ingratitude aussi odieuse, netrouva pas une parole à répondre au despote; il se retira,quitta immédiatement la cour, et vint dans son pays, où ilmourut. Quelques années après, son fils était réduit commehérétique à fuir du royaume, et emportait dans son exil lesrestes de son père, pour les soustraire à la rage des prêtrescatholiques. 11 lui fit élever un monument à Aubonne , villede l’état de Berne , et grava cette épitaphe sur la pierre sé-pulcrale : (t La république de Hollande a érigé un mausolée» au célèbre Ruyter , et Duquesne, son vainqueur, n’a pu» obtenir un coin de terre dans sa patrie. »