[XVII.S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 203
reux qui fuyaient tremblants, éperdus, devant les farouchessoldats, ni les pleurs des mères, ni les cris des petits enfants,ni les supplications des blessés, rien ne put émouvoir le dignefils de Louis XIV ; il accomplit impitoyablement les volontésdu grand roi, et le Palatinat ne fut bientôt plus qu’un vastedésert, où régna le silence de la mort.
Ces atrocités soulevèrent enfin l’indignation des peuples;l’Autriche, les Provinces-Unies, l’Angleterre, l’Espagne , etla Savoie , formèrent une ligue formidable pour arrêter l’in-fâme despote dans ses oeuvres monstrueuses de destruction.Mais Louvois avait déjà eu le temps de rassembler cinq ar-mées et un grand nombre de vaisseaux. II donna le comman-dement de la flotte à Tourville et au maréchal d’Estrées,qui vinrent attaquer l’armée navale anglo-hollandaise, rem-portèrent une victoire complète, et capturèrent ou coulèrentbas dix-sept navires ennemis. Il confia le commandement desarmées de terre à des généraux qui avaient servi sous lesordres de Turenne et de Condé ; le sage Catinat fut envoyéen Italie contre Victor-Amédée , duc de Savoie, qu’il battiten deux rencontres à Stafï'arde et à Marsaille - ; Noailles futchargé de défendre les frontières des Pyrénées et d’empê-cher les Espagnols d’entrer en France; Luxembourg eutpour mission d’envahir les Pays-Bas , et de repousser le princed’Orange, devenu roi d’Angleterre sous le nom de Guil-laume III , qui se préparait à faire une invasion du côté duNord; Boufflers et Villars reçurent le commandement enchef de deux autres corps d’armée et défendirent les fron-tières du côté de l’Alsace.