[XVIT. S,] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 205
ses forfaits. Le 16 juillet 1691, il s’était rendu au conseil duroi, chez madame de Maintenon, où, suivant son habitude,il avait bu deux verres d’eau minérale, remède qui lui étaitrecommandé par les médecins pour sa santé et qu’il prenaitsans interrompre ses travaux. Vers la fin de la séance, il seplaignit de violentes douleurs d’entrailles et supplia sa ma-jesté de lui permettre de se retirer. Il sortit aussitôt, se sou-tenant à peine, gagna l’hôtel de la surintendance, qui était àune très-petite distance du château, et une demi-heure aprèsil expira dans d’affreuses convulsions, sans avoir eu le tempsde dire un dernier adieu à aucun des membres de sa famille.Louvois était mort empoisonné ! ! !
Cette fin tragique ne produisit pas la plus légère impres-sion à la cour : à voir le calme et l’indifférence du grand roi etdes courtisans, on eût dit qu’elle avait été prévue! « Faut-il» raisonner sur cette étrange aventure? dit madame de Sé-» vigné. Non, en vérité, il n’est permis d’y réfléchir que» dans le mystère de son cabinet, et ses soupçons on ne doit» les communiquer à personne. » Barbezieux, fils de Lou-vois , au lieu de chercher à tirer vengeance du lâche empoi-sonnement dont son père avait été victime, courut demanderau grand roi la place de ministre de la guerre, qui lui futaccordée incontinent.
Quelle cour que celle où se passaient de telles turpitudes !quel souverain que le maître de cette A'aletaille dorée! quelsiècle que celui où de semblables infamies s’accomplissaientsans exciter la réprobation générale! Cependant, des écri-vains, des poètes, ont osé nommer ce siècle le grand siècle!sans doute à cause de la grandeur des maux de la nation, des