[1757.]
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Pompadour se vit pour un instant délaissée des courtisans ;le ministre garde des sceaux, qu’elle avait le plus protégé,Machault lui-même vint lui signifier l’ordre de quitter Ver-sailles ; d’Argenson, qui lui devait sa position, sa fortune,tout ce qu’il était enfin, la traita également avec le derniermépris. Tel est l’usage des cours!
L’assassin du roi se nommait Robert-François Damiens ;il était né à Tieulloy, dans le diocèse d’Arras ; son père étaitun portier de la prévôté d’Arc, près de Saint-Omer . On l’ap-pliqua, suivant l’usage, à la question ordinaire et extraor-dinaire, pour le contraindre à faire des aveux sur les causesqui l’avaient déterminé à commettre son crime et sur lesnoms de ses complices; mais ce fut inutilement, il ne voulutdésigner personne, et se contenta de dire « qu’il avait frappé» le monarque pour lui donner un avertissement et le rame-» ner à Dieu . » Les enquêtes firent connaître qu’il avait serviplusieurs années chez les jésuites, et qu’en diverses occasionsil avait donné des preuves de son dévouement sans bornes àla société; aussi la cour fut-elle unanime pour rejeter le crimede Damiens sur les disciples d’Ignace de Loyola . On préten-dit que leur but était d’ouvrir le chemin du trône au dauphin,le protecteur de la compagnie, et de rejeter tout l’odieux del’assassinat sur les philosophes, sur les jansénistes et sur lesmembres du parlement. En effet, Damiens , dans ses réti-cences, laissait planer des soupçons sur les personnages lesplus influents du parlement; néanmoins ses allégations paru-rent tellement absurdes, que le roi n’hésita pas à confier auxconseillers le soin de le juger.