26
HISTOIRE DES PAPES.
[XVIII. S.]
ou pensé jusque-là. Les vices affeux du régent, l’horriblelicence des moeurs de sa fille, furent regardés non pins avecdégoût, mais avec complaisance. Aucun des seigneurs del’ancienne cour ne voulut ou n’osa assister au convoi deLouis XIV ; ils restèrent auprès du nouveau maître, etabandonnèrent aux laquais le soin des funérailles.
Pendant que le corps du vieux despote était transporté àSaint-Denis, le jeune Louis XV était transféré à Yincennes,pour y être élevé sous la garde de la duchesse de Ventadour,du maréchal de Villeroy, son gouverneur, et de l’évêque deFréjus , Hercule de Fleury, son précepteur. Madame deMaintenon, entièrement abandonnée de la valetaille de cour,qu’elle avait vue à ses pieds quelques jours auparavant, seréfugiait à Saint-Cyr; et les princes légitimés, naguère sipuissants, se renfermaient dans leurs palais vides de cour-tisans. Tous, nobles, magistrats ou financiers, encensèrentlç dispensateur des grâces.
Philippe d’Orléans supprima d’abord les secrétaires d’état,et les remplaça par des conseils chargés des mêmes attribu-tions et composés de soixante-dix membres. En divisantainsi l’autorité et en multipliant les titres honorifiques, lerégent avait trouvé un moyen assuré de conserver l’exerciceabsolu de l’autorité suprême; il l’avait si bien compris, qu’iln’avait pas craint d’y faire entrer quelques-uns des hommesles plus vénérés du peuple, afin de donner de la consistanceà ses conseils; toutefois ses créatures et les infâmes débau-chés du Palais-Royal , qu’il nommait les roués, étaient engrande majorité. Enfin il installa l’abbé Dubois à la tête desaffaires du royaume.