Ü8 HISTOIRE DES PAPES. [XVIII. S.]
ni esprit, court, joufflu, à face pâle et couverte de pustules,qui, selon l’expression de Saint-Siriion, le faisait ressemblerà un abcès. Elle souffrait qu’il vécût dans son palais avec uneautre maîtresse, la dame Mouchy, dont elle avait fait sa mi-gnonne, et avait poussé l’oubli de son rang jusqu’à l’épousersecrètement. La princesse recevait de lui, sans se plaindre,les plus grossiers traitements, « car, selon la maxime du duc» de Lauzun, son oncle, Rioms employait parfois le bâton,» disant que les Bourbons, hommes et femmes, étaient en» tous points semblables aux bêtes de somme, et voulaient» être tuenés le bâton haut, sans quoi on ne pouvait conser-» ver sur eux aucun empire. »
De ces honteux désordres du régent et de ses filles il devaitnécessairement résulter que la corruption infecterait toutesles classes de la société; les grands seigneurs, les riches fi-nanciers, les prélats et les conseillers, se disputèrent la palmede l’immoralité et transformèrent leurs hôtels en lupanars,où chaque soir se renouvelaient d’affreuses saturnales, qu’onnommait les petits soupers de la régence. On en était venuà un tel point de dépravation, que les intrigues entre per-sonnes libres étaient considérées comme ridicules; l’adul-tère, dégradé de la pompe qu’il avait eue sous Louis XIV ,était tombé dans le domaine de la bourgeoisie; la noblesse,à l’exemple du régent, ne trouvait de plaisir que dans leviol ou dans l’inceste. Les grandes dames, dédaignées parleurs maris ou fatiguées des gens de qualité, prenaient leurrevanche avec les forts des halles, les portefaix des carre-fours, et des laquais, qu’elles changeaient et renouvelaientquand elles les avaient énervés.