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[XV1II.S.1 CRIMES DES ROIS, DES REINES et des EMPEREURS. 35

d’état. Le motif avoué était de rechercher les valeurs quiavaient été (le . produit de la fraude, de l’escroquerie ou del’usure; le but caché était d’arriver à supprimer une partiedes anciennes dettes et de gagner du temps pour solder lesintérêts échus des autres créances. Effectivement, d’un seuLcoup, Philippe d’Orléans anéantit pour trois cent trente-sept millions de billets exigibles. Puis il créa une chambreardente chargée de rechercher les causes des fortunes scan-daleuses des traitants; mesure bonne en elle-même et quicependant n’eut aucun résultat avantageux, à cause de lamanière dont le régent et les juges opérèrent.

Le tribunal débuta par des actes d’une violence inouïe; illit arrêter un grand nombre de traitants, les condamna à desamendes exorbitantes, et en fit pendre ou décapiter plu-sieurs. Celte rigueur ne fut pas de longue durée; les rouéset les maîtresses du régent, gagnés à prix d’or par lesfamilles des financiers, intercédèrent pour les accusés et firentréduire les amendes ; les membres de la chambre ardenteeux-mêmes trafiquèrent de la réduction des taxes; et jusqu’auxplus grandes dames et aux plus riches seigneurs, tous s’avili-rent en vendant leur protection à beaux deniers comptants.

Dangerviile, dans sa Yie secrète de Louis XV , racontequ’un traitant, taxé à trois millions cinq cent mille livres,répondit à un prince du sang qui était venu lui ollrir de 1 enfaire décharger pour un million de livres : « Monseigneur,» vous venez, trop lard, car ce matin même j’ai fait marchéj)j avec votre femme pour cinq cent mille. » Aussi, de cetteopération qui devait faire recouvrer à l’état cent soixantemillions, en retira-t-on quinze à peine.