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[XVIII. s.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 41

si habilement les unes et les autres, que de cinq cents livresqui était le taux primitif d’émission, elles atteignirent lechiffre de cinq mille livres. Les Parisiens étaient pris d’unesorte de vertige pour les actions; tous, nobles ou bour-geois, se jetaient dans la spéculation, et se taisaient finan-ciers, agioteurs et usuriers. On ne voyait plus qu un seulmoyen de faire fortune, celui déchanger son or contre dupapier. Les métaux précieux étaient tombés en tel discréditqu’on les avait pour ainsi dire proscrits du commerce. Phi-lippe d’Orléans , pour augmenter l’engouement général, ad-jugea à la compagnie des Indes occidentales l’alfinage desmétaux, le monopole du commerce du Canada, celui du Sé-négal pour la traite des nègres., le privilège de la navigationet du négoce dans toutes les mers de l’Orient, depuis le capde Bonne-Espérance jusqu’à la Chine , la fabrication desmonnaies dans tout le royaume, enfin le bail des termes etles recettes générales, avec l’autorisation d’émettre un nou-veau capital capable de subvenir aux nouvelles charges etdépenses qui allaient peser sur elle.

Les valeurs haussaient, haussaient toujours. Law, satisfaitd’avoir égalé le montant des actions de sa compagnie à la tota-lité du numéraire existant dans le royaume, ne voulait pointpasser outre; mais Philippe d Orléans , le mauvais génie dela France , s’opposa à ce temps d’arrêt. Il représenta au finan-cier que ce serait folie à eux de ne point profiter de l’enivre-ment où semblaient être les Français de leur monnaie de pa-pier, etlui commanda de la faire circuler par torrents. Poussépar ce démon corrupteur, le banquier se précipita dans l’a-bîme, et créa d’un seul coup quinze cents millions d’actions