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HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

nouvelles. Toutes s’enlevèrent avec une rapidité surprenante.Des provinces les plus éloignées on accourut à Paris pourverser l’or et l’argent dans les caisses de l’Écossais et rece-voir en échange ses actions, avec lesquelles on s’empressait despéculer, Nobles, roturiers, magistrats, ecclésiastiques, phi-losophes, ducs, laquais, ministres, commis, tous encom-braient les avenues de la rue Quincampoix, où se tenait unesorte de bourse; tous s’y mêlaient, s’y confondaient sansdistinction de rang ni de naissance; les hommes les plus puis-sants de la cour s’y faisaient plus particulièrement remar-quer, et ne rougissaient point de se faire appeler seigneursmississipiens. L’un d’eux, le duc de Bourbon-Condé , y ga-gna par des friponneries des sommes incroyables qu’il em-ploya à des achats de terres, et qui devinrent l’origine de lascandaleuse fortune de la famille des Condé. Le prince deConti, son cousin, ainsi que les ducs de la Force, d'Antin etd’autres favoris du régent, ne restèrent pas en arrière du ducde Bourbon, et profitèrent largement de la folie des spé-culateurs. Dubois surtout réalisa des gains énormes en échan-geant ses actions contre le numér aire qui entrait au trésorroyal, et qu’il fit passer en Angleterre, dans la prévisiond’un désastre imminent.

Quant à Philippe d’Orléans , il se montrait dans ce dés-ordre tel qu’il était dans les saturnales nocturnes de sonpalais, le plus ardent à échauffer le délire. 11 donnait à sesmaîtresses des millions pour une nuit; il distribuait à sescourtisans des sommes de cinq cent mille livres de rentes enactions; il accordait à ses valets des étrennes de cinquante,de quatre-vingts et même de cent mille livres. 11 voulut éga-