[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 119
Il semblait réellement, à voir tout le mal qu’on se donnait,que les constitutions du royaume, le salut de, l’état et lemaintien de l’équilibre européen dépendissent de cet évé-nement. Le duc de Cboiseul, oubliant qu il devait sa fortuneà la fille du boucher Poisson, déclarait qu il était prêt à re-noncer au ministère plutôt que de souffrir que le roi avilît sacouronne; les princes se rangeaient à son parti, et les par-lements applaudissaient à sa résolution.
Sa majesté, effrayée des obstacles apportés à la présenta-tion de la favorite, paraissait sur le point dy renoncer,lorsque le maréchal de Richelieu intervint, plaida la causede la du Barry, et fit judicieusement ,observer à Louis XV qu il était roi, par conséquent maître de laire toutes ses vo-lontés, et qu’il n’avait à rendre compte de, ses actions qu’àDjeu. La présentation de la favorite fut décidée. Une autredifficulté s’offrit; aucune dame ne voulut servir d introduc-trice : le maréchal de Richelieu y pourvut encore; il alla cher-cher dans les couloirs du palais de justice une madame deBéarn, vieille plaideuse ruinée, à qui l’on donna deux centmille livres pour celte importante affaire. La cérémonie eutlieu; Jeanne Gamart, la courtisane du lupanar delaGourdan,fut présentée officiellement et prit place à la cour au milieudes princesses du sang et des duchesses.
A partir de ce jour, s’ouvrit pour la France le règne deCotillon III; la comtesse du Barry fut toute-puissante dansl’état, et éleva au faîte des grandeurs les ambitieux quis’étaient attachés à sa fortune. On vit le maréchal de Riche-lieu, l’abbé Terray , contrôleur général des finances, et lechancelier Maupeou , ramper lâchement aux pieds d’une