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HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

les pieds des chevaux qui stationnaient à cet endroit ou d’êtrepoussés dans le fleuve, ils se rejetèrent par un effort déses-péré sur le côté opposé, et s’abîmèrent dans les fossés ouse brisèrent sur les pierres entassées dans la rue Royale, quiétait alors en construction. Pour surcroît de malheurs, lescoupeurs de bourse se mirent de la partie, et augmentèrentle désordre pour voler plus à leur aise. Enfin l’oif comptadans cette terrible soirée plus de deux mille cadavres restéssur place, indépendamment de ceux qui furent enlevés parleurs amis ou par leurs parents, et des infortunés qui purentretourner chez eux, quoique blessés grièvement, et qui expi-rèrent des suites de leurs blessures.

Si la capitale était dans la désolation, par compensation lacour était dans l’ivresse : les princes, les princesses, lesgrands seigneurs de l’époque, toute la valetaille dorée, cé-lébrait le mariage du dauphin et aidait à dépenser les vingtmillions que le contrôleur général avait mis à la dispositiondu roi pour les fêtes. Lorsque la nouvelle du désastre parvintà Versailles , c’est à peine si les danses furent suspendues;personne ne s’en montra affecté, ni Louis XV ni même leduc de Choiseul, qui était au moins coupable de négligencepour ne pas avoir mieux pris ses mesures, soit en doublantla garde de sûreté, soit en faisant déblayer les abords de laplace où devait avoir lieu le feu d’artifice. Le parlement seuleut la velléité d’informer contre les magistrats dont l’insou-ciance ou l’inhabileté avait causé un si grand malheur; maisquand il vit à quels personnages il devait faire remonter leblâme, il suspendit les enquêtes, et aucune voix ne s’élevapour demander la punition des coupables.