[XVIII. S.] CRIMES DES ROIS, des REINES et des EMPEREURS. 231
» trouver le moyen d’apaiser les troubles. Je sais qu’on a» donné d’injustes préventions; je sais qu’on a osé publier» que vos personnes n’étaient point en sûreté. Serait-il donc» nécessaire de vous rassurer sur des bruits aussi coupables,» démentis d’avance par mon caractère connu? Eh bien ! c’est» moi qui déclare ne faire qu’un avec mon peuple; c’est moi» qui me fie à vous! Aidez-moi dans cette circonstance à as-» surer le salut de l’état; je l’attends de l’Assemblée natio-» nale. Déjà j’ai ordonné aux troupes d’évacuer Paris et» Versailles . Je remets au président la lettre de rappel du» ministre Necker, et je vous invite à faire connaître mes» dispositions à la capitale. »
Quel changement de langage! la royauté s’avoue impuis-sante à faire le bien de la nation; et quelques jours avant,elle intimait du haut de son lit de justice des ordres hautainset menaçants. Dès ce moment Versailles fut dans l’ivresse,et le château dans la consternation et dans le deuil. Une ter-reur panique s’empara de toute la cour : le comte d’Artoiset ses deux fils, les ducs d’Angoulême et de Berry; le princede Condé, son fils le duc de Bourbon et son petit-fils le ducd’Enghien; le prince de Gonti, l’exécrable famille des Po-lignac et plusieurs des grands seigneurs qui composaientle comité autrichien, quittèrent précipitamment la ville etgagnèrent la frontière, dans le double but de fuir la colèredu peuple et de mendier au dehors, chez les rois ennemis,les moyens d’asservir de nouveau la France .
Louis XVI fut également sur le point de céder aux in-stances de sa femme et d’opérer une retraite sur les paysétrangers; mais l’amour de l’autorité, si puissant même sur