242 HISTOIRE DES PAPES. [XVIII. S.]
naient encore ses filles et ses femmes pour les lui rendreflétries, déshonorées.
Le moment du réveil des populations agricoles était venu,et, il faut le dire, le réveil fut terrible : dans le Dauphiné,dans le Maçonnais, dans le Beaujolais, dans la Lorraine ,dans le Berry, dans presque toutes les provinces enfin, ilse forma une nouvelle Jacquerie dirigée contre les châteaux.Partout les demeures féodales furent incendiées. Sansdoute ces excès étaient de graves atteintes portées à l’undes plus admirables principes des nations civilisées, le res-pect dû à la propriété; mais si l’on met en parallèle la con-duite du peuple et les crimes de la noblesse, on trouvera lajustification des soulèvements, peut-être même trouvera-t-on que la destruction de ces repaires de brigands était unacte d’une haute justice. Nulle part les citoyens ne furent lesprovocateurs; ils ne firent que châtier l’outrecuidance desseigneurs. Ainsi, dans un village de Normandie , on incendial’habitation d’un noble qui, en vertu de prétendus droitsféodaux, avait imaginé de confisquer l’unique fontaine de lacommune et de la clore de murs , afin de rançonner les cul-tivateurs. A Quincy, près Vesoul , un certain comte de Mem-may, d’un naturel féroce, avait voulu se donner un divertis-sement de son goût, et avait fait sauter une mine dans unefête de village, précisément à l’endroit où la population setrouvait agglomérée, afin qu’il y eût plus de victimes. Cettebarbarie, ourdie par la noirceur la plus abominable, avaitexaspéré le pays contre les châteaux, et amené une levée deboucliers. Ailleurs, les nobles se plaisaient à lâcher leurslimiers sur les pauvres qui venaient implorer leur charité. A