Band 
X.
Seite
288
JPEG-Download
 

288

HISTOIRE DES PAPES.

[XVIII. S.]

Bailly et la Fayette continuèrent à repousser les avertisse-ments, et accusèrent les journalistes de provoquer au désor-dre. Néanmoins la cour n’osa pas se mettre en route au jourfixé, et retarda son départ de vingt-quatre heures. Ce futdans la nuit du 21 au 22, à une heure du matin, queLouis XVI opéra sa fuite avec la reine, le dauphin, sa jeunefille, madame Élisabeth sa sœur, et madame de Tourzel,gouvernante des enfans de France , tous réunis dans unevoiture de forme extraordinaire. Derrière suivait une secondevoiture où se trouvaient les femmes de service. Cet équi-page , qui n’employait pas moins de onze chevaux, tant pourles voitures que pour les deux courriers, sortit de la capitalepar une des barrières que l’on avait eu soin de confier à desaffidés, et s’avança sur la route dans une douce sécurité. Aulieu de se soustraire aux regards curieux, déjà trop attiréspar l’énorme berline, Louis XVI , voulant jouir de tous lesagréments que présentait un voyage dans une belle saison,descendit de voiture, monta les collines à pied, et aux relaisse montra souvent aux portières. A Étoges, il s’arrêta deuxheures pour des réparations à son carosse. Il traversaChâlons à quatre heures et demie et se laissa voir; des roya-listes le reconnurent. A la poste suivante, au pont de Soin-merveille, il resta jusqu’après sept heures pour attendre lapremière escorte que devait lui envoyer le général Bouillé,et qui avait déjà rebroussé chemin, dans la supposition quel’affaire était manquée, et pour ne pas éveiller des soupçonsen prolongeant un séjour que rien ne motivait.

A Sainte-Menehould , il eut l’imprudence de demander laroute au maître de poste Drouet, qui le reconnut immédia-