Band 
X.
Seite
351
JPEG-Download
 

351

[XVIII. S.] RÉPUBLIQUE FRANÇAISE .

et commencèrent ce gouvernement déplorable qu’on nommele Directoire .

Au moment où ils prenaient l’administration de la Répu-blique, il ne restait presque plus en France d’hommes éner-giques; les uns avaient péri dans les tourmentes civiles ousur les premiers champs de bataille; les autres s’étaient réfu-giés aux armées. La nation, affaiblie par les convulsionspassées, semblait être tombée dans un sommeil léthargique;les citoyens laissaient les destinées de l’état à Ja merci despassions et des intérêts particuliers; les grandes masses, fa-tiguées d’agir dans les révolutions du pouvoir, paraissaientdécidées à ne plus entrer dans les débats politiques. Ainsi lesdirecteurs n’avaient réellement à redouter que l’opposition desroyalistes et des privilégiés obscurs, que la Constituante avaitfrappés lors de la suppression des dîmes, des droits seigneu-riaux , des jurandes, et de toutes les charges de robe et definances qui alimentaient la portion la plus riche, la plus in-fluente et la plus égoïste de la nation. Ils jugèrent donc in-utile d’imiter les thermidoriens, de se faire de l’échafaud unmoyen de gouvernement, et se contentèrent, pour dominerune telle classe d’hommes, d’employer la fourberie, la déla-tion et les mesures ignobles de police. A cet effet, ils orga-nisèrent des légions de limiers de tous rangs et de toutesprofessions; ils semèrent la discorde dans les partis, les exci-tèrent les uns contre les autres , forgèrent des conspirationsimaginaires, et établirent enfin le système d’espionnage quiaujourd’hui encorp régit la France , système auquel nous avonsdû notre démoralisation politique, l’oubli des vertus natio-nales et la honte de notre soumission au despotisme.