1a LIVRE VIII.
Mais Rostopschine, feignant de persévérer,fit, dit-on, achever la confection d’une mul-titude de fusées et de matières à incendies.Moscou elle-même devait être la grande ma-chine infernale, dont l’explosion nocturne etsubite dévorerait l’empereur et son armée.Si l’ennemi échappait à ce danger, du moinsn’aurait-il plus d'asile, plus de ressources ; etl’horreur d’un si grand désastre, dont onsaurait bien l’accuser, comme on avait faitde ceux de Smolensk , de Dorogohouje, deViazma et de Gjatz , soulèverait toute laRussie .
Tel fut le terrible plan de ce noble descen-dant de l un des plus grands conquérants del’Asie . Il fut conçu sans'efforts, mûri avecsoin, exécuté sans hésitation. Depuis, on avu ce seigneur russe à Paris . C’est un hommerangé, bon époux, excellent père ; son espritest supérieur et cultivé, sa société est douceet pleine d’agrément ; mais, comme quelques-uns de ses compatriotes, il joint à la civilisa-tion des temps modernes une énergie antique.
Désormais, son nom appartient à l’histoire :toutefois, il n’eut que la plus grande part àl'honneur de ce grand sacrifice. Il était déjàcommencé dès Smolensk , lui l’acheva. Cetterésolution, comme tout ce qui est grand etentier , fut admirable ; le motif suffisant etjustifié par le succès; le dévouement inouï,et si extraordinaire, que l'historien doit s’ar-