T4 LIVRE VIII.
décidant, l'incendie de Moscou , son principalbut ne fut pas d’affamer l’ennemi, puisqu’ilvenait d’épuiser de vivres cette grande cité ;ni de priver d’abri l'armée française , puisqu’ilétait impossible de penser que, sur huit millemaisons et églises, dispersées sur un si vasteterrain, il n'en échapperait pas de quoi caser-ner cent cinquante mille hommes.
Il sentit bien encore que par là, il man-quait à cette partie si importante de ce qu’onsupposait être le plan de campagne d’Alexan-dre , dont le but devait être d’attirer et de re-tenir Napoléon , jusqu’à ce que l’hiver vîntl’environner, le saisir, et le livrer sans dé-fense à toute la nation insurgée. Car enfin,sans doute, ces flammes éclaireraient ce conqué-rant ; elles ôteraient à son invasion son but.Elles devaient donc le forcer à y renoncer ,quand il en était encore temps, et le déciderenfin à revenir en Lithuanie , pour y prendredes quartiers d’hiver ; détermination qui pré-parerait à la Piussie une seconde campagne plusdangereuse que la première.
Mais, dans cette grande crise, Rostopschinevit surtout deux périls : l’un qui menaçaitl’honneur national, celui d’une paix honteusedictée dans Moscou , et arrachée à son empe-reur ; l’autre était un danger politique plusqu'un danger de guerre : dans celui-ci , il crai-gnait les séductions de l’ennemi plus que sesarmes, et une révolution plus qu’une conquête.