22 LIVRE VIII.
tenaient, et il y demeurait suspendu. C’étaitun présage assuré pour ces hommes, dont unegrande attente augmentait la superstition na-turelle : ainsi leur Dieu allait saisir et leurlivrer Napoléon .
Rostopscliine s’emparait de tous ces mou-vements , qu’il excitait ou comprimait, suivantqu’ils lui étaient favorables ou contraires.Parmi les prisonniers ennemis, il faisait choisirles plus chétifs, pour les montrer au peuple,qui s’enhardissait à lavue de leur faiblesse. Etcependant il vidait Moscou de fournitures detoute espèce , pour nourrir les vaincus , etaffamer les vainqueurs. Cette mesure lui futfacile , Moscou ne s’approvisionnant qu’auprintemps et en automne par les eaux, et enhiver par le traînage.
11 maintenait encore, avec un reste d’espoir,l’ordre si nécessaire , surtout dans une pareillefuite , quand les débris du désastre de Borodinose présentèrent. Ce long convoi de blessés,leurs gémissements , leurs vêtements, et leurlinge , tout souillés d’un sang noir ; leurs sei-gneurs si puissants, frappés et renversés commeles autres ; tout cela était un spectacle d’unenouveauté bien effrayante pour une ville , de-puis si long-temps éloignée des horreurs dela guerre. La police redoubla d’activité; maisla terreur qu’elle inspirait ne put lutter pluslong-temps contre une plus grande terreur.
Alors Rostopscliine s’adresse encore au peu-