56 LIVRE VIII.
se respectent elles-mêmes, dans les capitalesennemies, en présence de ces grands centresde civilisation.
Dans leur silence , ils observaient cette citépuissante, déjà si remarquable s’ils l’eussentrencontrée dans un pays riche et populeux ,mais bien plus étonnante dans ces déserts.C’était comme une riche et brillante oasis. Ilsavaient d’abord été frappés du soudain aspectde tant de palais magnifiques. Mais ils re-marquaient qu'ils étaient entremêlés de chau-mières : spectacle qui annonçait le défaut degradation entre les classes , et que le luxen’était point né là, comme ailleurs, de l’indu-strie, mais qu’il la précédait, tandis que, dansl’ordre naturel, il n’en devait être que la suite,plus ou moins nécessaire.
Là , surtout, régnait l'inégalité ; ce malheurde toute société humaine, qui produit l’or-gueil des uns, l’avilissement des autres, lacorruption de tous. Et pourtant un si géné-reux abandon prouvait que ce luxe excessif,mais encore tout d’emprunt, n’avait pointamolli cette noblesse.
On s’avançait ainsi, tantôt agité de sur-prise , tantôt de pitié, et plus souvent d’unnoble enthousiasme. Plusieurs citaient les sou-venirs des grandes conquêtes que l’histoirenous a transmises ; mais c’était pour s’enor-gueillir, et non pour prévoir; car on se trou-vait trop haut et hors de toute comparaison -,