100 LIVRE IX.
nistre de ses traits démentaient la sécurité
qu’il affectait.
Napoléon, entré dans Moscou avec quatre-vingt-dix mille combattants et vingt mille ma-lades et blessés , en sortait, avec plus de centmille combattants. Il n’y laissait que douzecents malades. Son séjour, malgré les pertesjournalières, lui avait donc servi à reposerson infanterie, à compléter ses munitions, àaugmenter ses forces de dix mille hommes, età protéger le rétablissement ou la retraited’une grande partie de ses blessés. Mais, dèscette première journée, il put remarquer quesa cavalerie et son artillerie se traînaient plu-tôt qu’elles ne marchaient.
Un spectacle fâcheux ajoutait aux tristespressentiments de notre chef. L'armée , de-puis la veille , sortait de Moscou sans inter-ruption. Dans cette colonne de cent quarantemille hommes et d'environ cinquante millechevaux de toute espèce, cent mille combat-tants marchant à la tête avec leurs sacs, leursarmes, plus de cinq cent cinquante canons etdeux mille voitures d’artillerie, rappelaientencore cet appareil terrible de guerriers vain-queurs du monde. Mais le reste , dans uneproportion effrayante, ressemblait à unehordedeTartares, après une heureuse invasion. C’é-tait sur trois ou quatre files d’une longueurinfinie , un mélange , une confusion de calè-ches , de caissons , de riches voitures et de