Band 
Tome second.
Seite
273
JPEG-Download
 

CHAPITRE IX. 275

se crut sauvé , un escarpement à pic , toutcouvert de verglas , s’opposa à ce qu’on prîtterre. Beaucoup furent rejetés sur la glacequ’ils brisèrent en tombant , ou dont ilslurent brisés. A les entendre, ce fleuve etcette rive russes semblaient ne s’être prêtésqu’à regret , par surprise , et comme forcé-ment à leur salut.

Mais ce qu’ils redisaient avec horreur, c’é-tait le trouble et l’égarement des femmes etdes malades, quand il fallut abandonner dansles bagages les restes de leur fortune, leursvivres, enfin toutes leurs ressources contre leprésent et l’avenir : ils les ont vus se pillant,eux - mêmes , choisir , rejeter, reprendre , ettomber d’épuisement et de douleur sur la riveglacée du fleuve ; ils frémissaient encore au sou-venir du cruel spectacle de tant d’hommes éparssur cet abîme , du retentissement continueldes chutes , des cris de ceux qui s’enfoncaient,et surtout des pleurs et du désespoir des bles-sés qui , de leurs chariots , qu’on n’osait ris-quer sur ce frêle appui, tendaient les mains àleurs compagnons , en les suppliant de ne pasles abandonner.

Leur chef voulut alors tenter le passage dequelques voitures chargées de ces malheureux ;mais , au milieu du fleuve, la glace s’affaissaet s’entr’ouvrit. On entendit de l’autre bordsortir du gouffre, d’abord des cris d'angoissedéchirants et prolongés, puis des gémissements