568 LIVRE XII.
cesse le monde , leur paraissait un événementunique , étrange , et qui avait dû occupertoutes les puissances du ciel et de la terre ;tant enfin notre esprit est porté à ramenertout à soi : comme si la Providence, protec-trice de notre faiblesse , et craignant qu ellene s’anéantît à la vue de l’infini, avait vouluque chaque homme, ce point dans l’espace ,6e crût et fût pour lui-même le centre de l’im-mensité !
CHAPITRE III.
L’armÉe était dans ce dernier état de dé-tresse physique et morale, quand ses premiersfuyards atteignirent Vilna . Yilna ! leur maga-sin , leur dépôt, la première ville riche et ha-bitée que depuis leur entrée en Russie ilseussent rencontrée ! Son nom seul et sa proxi-mité soutenaient encore quelques courages.
Le 9 décembre, le plus grand nombre deces malheureux aperçut enfin cette capitale.Aussitôt, les uns se traînant, les autres seprécipitant, tous s’engouffrèrent dans son fau-bourg tête baissée, poussant obstinément de-vant eux, et s’y entassant avec une telle opi-niâtreté, que bientôt ils n’y formèrent plus