CHAPITRE IV. 58i
mes , qu'on voyait briller en faisceaux près deleurs feux abandonnés.
Heureusementla rigueur du froid, qui venaitd'achever le découragement des nôtres , avaitengourdi l’ennemi. Ney regagna avec peinesa colonne. Il n’y vit plus que des fuyards ;quelques Cosaks les chassaient devant eux ,sans chercher à les prendre ni à les tuer ;soit pitié , car on se fatigue de tout ; soitque l’énormité de nos misères eut épouvantéles Russes eux-mêmes , et qu’ils se crussenttrop vengés, car beaucoup se montrèrent gé-néreux ; soit, enfin , qu’ils fussent rassasiéset appesantis de butin. Peut-être encore,dans l’obscurité , ne s’aperçurent-ils pas qu’ilsn’avaient affaire qu’à des hommes désarmés.
L’hiver , ce terrible allié des Moscovites ,leur avait vendu cher son secours. Leur dés-ordre poursuivait notre désordre. Nous revî-mes des prisonniers qui , plusieurs fois ,avaient échappé àleurs mains et à leurs regardsglacés. Ils avaient d’abord marché au milieude leur colonne traînante , sans en etre re-marqués. Il y en eut alors qui, saisissant unmoment favorable , osèrent attaquer des sol-dats russes isolés , et leur arracher leurs vi-vres , leurs uniformes, et jusqu’à leurs armes,dont ils se couvrirent. Sous ce déguisement,ils se mêlèrent à leurs vainqueurs ; et telleétait la désorganisation, la stupide insoucianceet l’engourdissement où cette armée était tom-