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Un évènement, que quelques momens de plus eussent rendufort tragique , attira l’attention de toute l’armée, & faillit àremplir d’une égale consternation les deux partis.
. Dans une sortie des Aíïïégeans , deux Guerriers se ren-« contrent sur 1*Arène : l’un s’avance avec l’impétuosité & la. confiance de la jeunesse, qui n’attend qu’un ennemi ou. un rival pour se signaler ; l'autre avec la fierté & l’air impo-» sant d’un Héros plein de lui - même , fortifié de tous ses. avantages & de ses titres : le premier emporté par le feu» de son âge & le ressentiment d’une injustice , dont la répa-. ration lui semble au - dessus de tous les devoirs ; & le« second, peu accoutumé à rencontrer des résistances, trou-. vant ses droits dans son pouvoir, semble croire que tout. doit plier à sa rencontre & céder à sa volonté. Tous deux,» fans se connoître, tous deux cachés par leur armure, en. viennent aux mains , & montrent une valeur assurée. La« Nature n’avertit point Robert , son bras s’égare & porte. au Roi son père un coup violent qui le renverse de cheval.. Robert est prêt à consommer sur sa victime le crime d’ŒEdipe,. Guillaume à terre jette un cri, ôte son casque; ce- cri retentit, au cœur de Robert & y réveille la Nature. Le Vainqueur. tombe lui-même à l’instant aux pieds du Vaincu, implore. fa miséricorde, & le rend maître absolu des conditions du» pardon. .
Qui doute que les droits de la Nature ne dispensent pas unpère de fa parole à l’égard de son fils ! Sans doute Guillaumeétoit coupable en refusant à Robert les domaines dont il l’avoitinvesti avant de passer la Mer. Sa parole étoit aussi sacrée quele serment de fidélité qu’il avoit exigé des Barons pour leu rnouveau Duc ; mais la cause de Robert devoit être portée autribunal de la Nation , à celui du Suzerain ; & le vangeurnaturel devoit être Philippe.