Band 
Tome II.
Seite
59
JPEG-Download
 

( 59 )

Après tant de convulsions violentes , les deux Royaumesavoient besoin de repos. Jean le mit á profit, pour se mon-trer en état de tenir tête à un adversaire redoutable. Édouards’en servit pour s’affranchir de toutes les allarmes que pouvoitlui donner l’Ècosse ; il ne fut tranquille que lorsqu’il eut faitdisparaître dans Baillol cette ombre de Roi, qui laiffoit encoreune forte de consistance à ce Royaume. Maître de l’Écoffoisqu’il relégua dans une prison, de la Couronne dont il s’em-para, des peuples qu’il contint par la terreur, Édouard futtout entier à ses projets fur la France ; il avoit juré de laconquérir, comme un patrimoine, dont il se croyoit toujoursfrustré ; & la rapidité de ses succès étoit bien de nature il’aveugler fur la justice de fa cause. Cependant il respectaassez l’opinion qui pouvoit s’élever contre cette guerre rui-neuse , étrangère en tout à son peuple, pour leurrer au moinsses sujets par des négociations artificieuses. Mais, toujourshors de mesure dans ses prétentions &. ses demandes, il nelaissa au Roi de France d’autre ressource que de reprendre lesarmes.

En étudiant la conduite d’Édouard, on est révolté de voirse ternir sa gloire par cette politique odieuse, qui, presquetoujours associa des traîtres à ses exploits. On a vu Robertd’Artois à fa fuite. Geoffroi de Harcourt devient après luison bras droit, Charles le Mauvais, Roi de Navarre, accuséde trahison, trouve un protecteur dans le Roi d’Angleterre,qui s’appuie de la haine du Prince de Navarre contre laFrance. Plus d’une fois on aura pu se demander , dans lecours de ce règne, qu’est-ce qu’une politique , qui le plussouvent n’opère qu’en abjurant la bonne-foi ?

Tout est en feu dans le midi de la France. Le Prince deGalles s’y montre presque toujours en Conquérant, le Languedocest ravagé ; & tout, jusqu au Berry, auroit plié sous la fortune

Hij