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Ne falloit-il pas d’ailleurs que Henri eut une grande confiancedans l’opinion & la fidélité de ses peuples, pour abandonner sesÉtats j en marchant à une conquête incertaine? Mais, quand lafortune & la renommée travaillent ensemble au bonheur ou àla gloire d’un Prince, tout s’applanit dans les obstacles & toutdouble dans les moyens. Henri trouva au-dedans de son Royaumeun Clergé intéressé à lui voir porter la guerre au loin, pour éluderles atteintes dont les Communes commençoient à menacer lesbiens Ecclésiastiques. II vit dans son Parlement une ardeu £incroyable à cumuler les secours, dans le peuple une facilitétrès-grande à s’enyvrer d’avance de la gloire de son maître ; &dans la prison où il retenoit le jeune Stuard, le gage du reposde PÉcosse.
Henri pouvoit-il être mieux secondé au-dehors qu’il ne lefut par l’état malheureux de la France? Un Roi n’est pas parmi-nous ce qu’il est chez beaucoup d’autres peuples. Le Princeest à la France ce que le Soleil est à la Nature : son éclipseest une nuit pour la Nation.
Ainsi le triste état de Charles VI plonge ce Royaume dansP obscurcissement de tous les principes ; un oncle, le Duc deBourgogne, trahit les intérêts du Roi, son neveu, en s’alliantavec une puissance rivale ; des assassinats souillent les degrésdu trône, Papologie qu’on ose en faire corrompt la moralepublique ; une mère dénaturée place sur la tête d’un étrangerla Couronne de son fils, le sang combat contre le sang, &le corps politique qu’il devroit vivifier, s’appauvrit & sedissout.
Quelle proie pour Pambition de Henri ! Les trêves multi-pliées ne font qu’insidieuses, la demande qu’il fait de la fillede Charles, révolte par les conditions qu’il y met de troisbelles Provinces en dot. Mais bientôt ce ne font plus de simplesProvinces, c’est le Royaume entier que ce Monarque veut