VOIES PUBLIQUES. i4*
Quand j’ai visité l’Angleterre, dans les endroits où la fuméedu charbon-de-terre n’avait pas noirci les murs de manière àleur donner promptement l’aspect de la vétusté, j’étais toujourstrompé par les apparences. Les édifices étaient si propres àl’extérieur, j’y retrouvais si peu les dégradations qui partoutailleurs _ décèlent le vieil âge des monuments, que la plupartme semblaient d’une construction récente : je ne pouvais re-venir de ma surprise , lorsque je m’informais ensuite de leurancienneté.
Il faut avouer qu’un entretien très-soigné ne produit pas,dans l’architecture, ces pittoresques effets que présente àl’amateur des beaux-arts, une demi-dégradation des fabri-ques et des travaux publics. En Angleterre, les œuvres de lanature et les œuvres de l’art sont rigoureusement séparées. Ainsila végétation, brillante dans les champs, est sévèrement pro-scrite , sur les murs, les toits et les crénaux , même des palaisgothiques. Si l’on excepte les rares débris des temples et desmonastères, derniers vestiges d’un culte aboli depuis troissiècles, il n’y a de ruines que les ruines postiches élevées surdes pelouses bien passées au cylindre, ou sur des tertres biensoigneusement sablés. Ces fabriques tombantes sont bâties avecla solidité qu’un père de famille veut obtenir chez nous, quandil bâtit pour ses enfants ; elles sont entretenues avec autant desoin qu’on en a mis à les construire. Que le spectateur se tran-quillise à leur égard; il peut être certain que ces ruines fac-tices auront toujours au même degré l’air de s’écrouler.
Mais il est un intérêt d’une toute antre importance que levain plaisir qu’on éprouve à contempler cette lutte perpétuelleentre les attaques du temps et les résistances de l’homme. C’estde voir, dans la Grande-Bretagne, les édifices, les machineset les instruments, toujours tenus dans un état si parfait,qu’ils peuvent à chaque instant rendre complètement le service