VOIES PUBLIQUES., ^9
pierre tendre et susceptible de se décomposer à l’air, ont déjàprodigieusement souffert des ravages du temps.
Si, par l’effet incalculable des révolutions qu’éprouvent lesempires , les peuples se demandent, un jour, ce qu’était autre-fois la nouvelle Phénicie, la Tyr occidentale , qui couvrait lamer de ses vaisseaux ?... La plupart de ses édifices, dévorés parun climat destructeur, ne seront plus là pour répondre par lamuette voix des monuments ; mais le pont du Strand subsis-tera , pour redire aux générations lés plus reculées : Ici fut uneville riche, industrieuse et puissante. Le voyageur, à cette vue,supposera qu’un grand prince aura voulu, par maintes annéesde travaux, illustrer la durée de son règne, et consacrer la gloirede ses actions en élevant cette imposante structure. Mais, si latradition lui rapporte que six années ont suffi pour commenceret terminer un tel ouvrage, s’il apprend qu’une simpleG ie . demarchands a bâti cette masse digne des Sésostris et des Césars,il admirera plus encore la nation chez laquelle de semblablesentreprises purent être le fruit des efforts de quelques com-merçants et de quelques propriétaires. Alors, enfin, s’il aréfléchi sur les causes de la prospérité des empires, il recon-naîtra qu’un tel peuple dut posséder des lois sages, des insti-tutions puissantes, et des libertés prudemment garanties ; ellessont empreintes dans la grandeur et dans l’utilité des monu^ments érigés par de simples citoyens,