<38 RÉVOLUTION FRANÇAISE.
chacun leur époque : les révolutions se font avec une seule chambre,et se termine avec deux.
La sanction royale excita de grands débats dans l’assemblée, etune rumeur violente au-dehors. 11 s’agissait de déterminer l’actiondu monarque dans la confection des lois. Les députés étaient presquetous d’accord sur un point. Ils étaient résolus à lui reconnaître ledroit de sanctionner ou de refuser les lois ; mais les uns voulaientque ce droit fut illimité, les autres, qu’il fût temporaire. Au fond,c’était la même chose ; car il n’était pas possible au prince de prolon-ger son refus indéfiniment, et le veto, quoique absolu, n’aurait étéque suspensif. Mais cette faculté, donnée à un homme seul, d’arrêterla volonté d’un peuple, paraissait exorbitante, hors de l’assembléesurtout, où elle était moins comprise.
Paris n’était point encore revenu de l’agitation du 14 juillet ;il était au début du gouvernement populaire, et il en éprouvait laliberté et le désordre. L’assemblée des électeurs, qui, dans descirconstances difficiles, avait tenu lieu de municipalité provisoire,venait d’être remplacée. Cent quatre-vingts membres, nommés parles districts, s’étaient constitués en législateurs et en représentantsde la commune. Pendant qu’ils travaillaient à un plan d’organisationmunicipale, chacun voulait commander ; car en France l’amour dela liberté est un peu le goût du pouvoir. Les comités agissaient àpart du maire ; l’assemblée des représentants s’élevait contre lescomités, et les districts contre l’assemblée des représentants. Chacundes soixante districts s’attribuait le pouvoir législatif, et donnait lepouvoir exécutif à ses comités ; ils considéraient tous comme leurssubordonnés les membres de l’assemblée générale, et ils s’accor-daient le droit de casser leurs arrêtés. Cette idée de souveraineté dumandant sur le délégué faisait des progrès rapides. Tous ceux quine participaient pas à l’autorité se réunissaient en assemblées, et làse livraient à des délibérations. Les soldats discutaient à l’Oratoire ,les garçons tailleurs à la Colonnade, les perruquiers aux Champs- Elysées , les domestiques au Louvre. Mais c’était dans le jardin duPalais-Royal surtout qu’avaient lieu les discussions les plus ani-mées ; on y examinait les matières qui occupaient les débats del’assemblée nationale, et l’on y contrôlait ses discussions. La disetteoccasionnait aussi des attroupements, et ceux-là n’étaient pas lesmoins dangereux.