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Histoire de la révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814 / par F.-A. Mignet ; augmentée de l'histoire de la restauration jusqu'a l'avénement de Louis-Philippe Ier par Emile de Bonnechose
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<38 RÉVOLUTION FRANÇAISE.

chacun leur époque : les révolutions se font avec une seule chambre,et se termine avec deux.

La sanction royale excita de grands débats dans lassemblée, etune rumeur violente au-dehors. 11 sagissait de déterminer lactiondu monarque dans la confection des lois. Les députés étaient presquetous daccord sur un point. Ils étaient résolus à lui reconnaître ledroit de sanctionner ou de refuser les lois ; mais les uns voulaientque ce droit fut illimité, les autres, quil fût temporaire. Au fond,cétait la même chose ; car il nétait pas possible au prince de prolon-ger son refus indéfiniment, et le veto, quoique absolu, naurait étéque suspensif. Mais cette faculté, donnée à un homme seul, darrêterla volonté dun peuple, paraissait exorbitante, hors de lassembléesurtout, elle était moins comprise.

Paris nétait point encore revenu de lagitation du 14 juillet ;il était au début du gouvernement populaire, et il en éprouvait laliberté et le désordre. Lassemblée des électeurs, qui, dans descirconstances difficiles, avait tenu lieu de municipalité provisoire,venait dêtre remplacée. Cent quatre-vingts membres, nommés parles districts, sétaient constitués en législateurs et en représentantsde la commune. Pendant quils travaillaient à un plan dorganisationmunicipale, chacun voulait commander ; car en France lamour dela liberté est un peu le goût du pouvoir. Les comités agissaient àpart du maire ; lassemblée des représentants sélevait contre lescomités, et les districts contre lassemblée des représentants. Chacundes soixante districts sattribuait le pouvoir législatif, et donnait lepouvoir exécutif à ses comités ; ils considéraient tous comme leurssubordonnés les membres de lassemblée générale, et ils saccor-daient le droit de casser leurs arrêtés. Cette idée de souveraineté dumandant sur le délégué faisait des progrès rapides. Tous ceux quine participaient pas à lautorité se réunissaient en assemblées, etse livraient à des délibérations. Les soldats discutaient à lOratoire ,les garçons tailleurs à la Colonnade, les perruquiers aux Champs- Elysées , les domestiques au Louvre. Mais cétait dans le jardin duPalais-Royal surtout quavaient lieu les discussions les plus ani-mées ; on y examinait les matières qui occupaient les débats delassemblée nationale, et lon y contrôlait ses discussions. La disetteoccasionnait aussi des attroupements, et ceux- nétaient pas lesmoins dangereux.