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arrestation était débattue au comité de salut public, et on le pressaencore une fois de fuir. Il réfléchit un moment, et il répondit :Ils n’oseraient! La nuit, sa maison fut investie, et il fut conduit auLuxembourg avec Camille-Desmoulins , Philippeaux , Lacroix,Westermann. En entrant il aborda cordialement les prisonniersqui se pressaient autour de lui. « Messieurs, leur dit-il, j’espérais» dans peu vous faire sortir d’ici ; mais m’y voilà moi-même avec» vous, et je ne sais pas maintenant comment cela finira. » Uneheure après, il fut mis au secret, et on l’enferma dans le cachotqu’avait occupé Hébert, et que devait bientôt occuper Robespierre .Là, se livrant à ses réflexions et à ses regrets, il disait : « C’est» à pareille époque que j’ai fait instituer le tribunal révolution-» naire : j’en demande pardon à Dieu et aux hommes; mais ce» n’était pas pour qu’il fût le fléau de l’humanité. »
Son arrestation produisit une inquiétude sombre , une rumeurgénérale. Le lendemain, dans l’assemblée, à l’ouverture de laséance, on se parlait bas, on se demandait avec épouvante quelétait le prétexte de ce nouveau coup d’état contre des représentantsdu peuple. « Citoyens, dit Legendre, quatre membres de cette» assemblée sont arrêtés de cette nuit : je sais que Danton en est» un ; j’ignore le nom des autres. Mais, citoyens, je le déclare ,» je crois Danton aussi pur que moi, et cependant il est dans les» fers. On a craint sans doute que ses réponses ne détruisissent» les accusations dirigées contre lui ; je demande, en conséquence,» qu’avant que vous entendiez aucun rapport, les détenus soient» mandés et entendus. » Cette motion fut écoutée avec faveur etdonna un moment de courage à l’assemblée ; quelques membresdemandèrent qu’on allât aux voix ; mais cette bonne volonté durapeu. Robespierre parut à la tribune. « Au trouble depuis long-» temps inconnu qui règne dans cette assemblée, dit-il, aux agita-» tions qu’ont produites les paroles de celui que vous venez d’en-» tendre, il est aisé de s’apercevoir qu’il s’agit ici d’un grand» intérêt, qu’il s’agit de savoir si quelques hommes aujourd’hui» l’emporteront sur la patrie. Nous verrons dans ce jour si la» convention saura briser une prétendue idole pourrie depuis» longtemps, ou si dans sa chute elle écrasera la convention et le» peuple français ! » Et il lui suffît de quelques mots pour ramenerle silence, la subordination dans l’assemblée, pour contenir les amisI. 31