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HISTOIRE DE l.A RESTAURATION.
brillante et funeste l’ingratitude de ceux pour qui elle s’étaitimposé tant de sacrifices, et le sentiment douloureux que l'élite deses guerriers, les vieux débris des bataillons d’Austerlitz et deMarengo, avaient vaincu, cette fois, pour replacer une nationhéroïque sous le joug d’un roi despote et d’une multitude demoines fanatiques. Cependant, tel est parmi nous le prestige quis’attache toujours à la victoire, que, dans les premiers momentsqui suivirent le triomphe de nos armes en Espagne , l’impressionde ce succès fut éminemment favorable au parti ultra-royaliste,seul auteur de la guerre. Il l’emporta dans la plupart des électionspartielles qui suivirent la campagne, et M. de Yillèle conçut lapensée d’asseoir sa puissance sur l’accord du ministère et d’unechambre royaliste élue pour sept ans ou septennale. Outre l’op-position du côté gauche, il s’en était formé dans la chambre uneautre non moins hostile, et plus dangereuse pour le ministère , àcause de sa profession de foi royaliste. M31. de la BourdonnayeetDelalot la dirigeaient avec énergie : tous deux, et surtout le pre-mier , indépendants de l’influence du jésuitisme et de la congré-gation , étaient imbus de préjugés plus aristocratiques encore quemonarchiques, et demandaient qu’une haute influence dans ladirection des affaires fût le partage de la grande propriété; ilsaccusaient M. de Yillèle avec violence de manquer, à cet égard, àses engagements antérieurs, et celui-ci espérait, s’il convoquaitune chambre nouvelle, sous l’influence récente de la campagned’Espagne , qu’elle serait toute dévouée à ses vues : il comptaitainsi réduire à l’impuissance une double et fatigante opposition.Le roi et son conseil partagèrent l’avis du ministre, et la chambrefut dissoute : on disposa tout pour une élection générale.
Rien ne fut plus scandaleux, plus déloyal, plus funeste à l’auto-rité morale du gouvernement, que la manière dont les électionsde 1824 furent ordonnées et accomplies. Des circulaires menacè-rent les fonctionnaires de la destitution, s’ils ne soutenaient pas detoutes leurs forces les choix ministériels. Uu grand nombre, pourrépondre aux vœux du conseil, eurent recours à la fraude, et firentpreuve de la plus basse servilité : tracasseries de toute espèce àl’égard des électeurs libéraux, radiation et inscription arbitrairessur la liste électorale, délivrance de fausses cartes; tous ces abusfurent permis, tous furent encouragés, récompensés même par un