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Histoire de la révolution française depuis 1789 jusqu'en 1814 / par F.-A. Mignet ; augmentée de l'histoire de la restauration jusqu'a l'avénement de Louis-Philippe Ier par Emile de Bonnechose
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HISTOIRE DE l.A RESTAURATION.

brillante et funeste lingratitude de ceux pour qui elle sétaitimposé tant de sacrifices, et le sentiment douloureux que l'élite deses guerriers, les vieux débris des bataillons dAusterlitz et deMarengo, avaient vaincu, cette fois, pour replacer une nationhéroïque sous le joug dun roi despote et dune multitude demoines fanatiques. Cependant, tel est parmi nous le prestige quisattache toujours à la victoire, que, dans les premiers momentsqui suivirent le triomphe de nos armes en Espagne , limpressionde ce succès fut éminemment favorable au parti ultra-royaliste,seul auteur de la guerre. Il lemporta dans la plupart des électionspartielles qui suivirent la campagne, et M. de Yillèle conçut lapensée dasseoir sa puissance sur laccord du ministère et dunechambre royaliste élue pour sept ans ou septennale. Outre lop-position du côté gauche, il sen était formé dans la chambre uneautre non moins hostile, et plus dangereuse pour le ministère , àcause de sa profession de foi royaliste. M31. de la BourdonnayeetDelalot la dirigeaient avec énergie : tous deux, et surtout le pre-mier , indépendants de linfluence du jésuitisme et de la congré-gation , étaient imbus de préjugés plus aristocratiques encore quemonarchiques, et demandaient quune haute influence dans ladirection des affaires fût le partage de la grande propriété; ilsaccusaient M. de Yillèle avec violence de manquer, à cet égard, àses engagements antérieurs, et celui-ci espérait, sil convoquaitune chambre nouvelle, sous linfluence récente de la campagnedEspagne , quelle serait toute dévouée à ses vues : il comptaitainsi réduire à limpuissance une double et fatigante opposition.Le roi et son conseil partagèrent lavis du ministre, et la chambrefut dissoute : on disposa tout pour une élection générale.

Rien ne fut plus scandaleux, plus déloyal, plus funeste à lauto-rité morale du gouvernement, que la manière dont les électionsde 1824 furent ordonnées et accomplies. Des circulaires menacè-rent les fonctionnaires de la destitution, sils ne soutenaient pas detoutes leurs forces les choix ministériels. Uu grand nombre, pourrépondre aux vœux du conseil, eurent recours à la fraude, et firentpreuve de la plus basse servilité : tracasseries de toute espèce àlégard des électeurs libéraux, radiation et inscription arbitrairessur la liste électorale, délivrance de fausses cartes; tous ces abusfurent permis, tous furent encouragés, récompensés même par un