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histoire
« insupportables à leurs maîtres! » Tite-Live ne pouvait faire un plus bel élogedes Corses, ni une satire plus cruelle des Romains. C’est sans doute à causede ce caractère indomptable des Corses, que les Romains disaient qu’ils n’envoulaient pas pour esclaves; ce qui signifie que les Corses ne voulaient pointdes Romains pour maîtres.
Il est facile d’expliquer cette horreur des Corses pour la domination étran-gère, sentiment qui n’est pas encore effacé en eux. Séparé de toutes les nationspar la mer, et sans cesse obligé de se défendre contre leurs agressions, cepeuple dut se réfugier dans cette sauvage indépendance qui faisait sa sûreté. Cefut pour elle qu’il combattit pendant tant de siècles, et presque depuis son ori-gine, contre les nations les plus belliqueuses, les Carthaginois, les Romains, les(ioths, les Sarrasins, les Lombards, les Génois, et enfin les Français .
L’état politique de la Corse avant la perte de son indépendance mérite quelqueattention; il était déterminé par la nature elle-même. L’île n’est qu’une vasteagrégation de montagnes sillonnées par des vallées plus ou moins profondesqui possèdent seules la terre végétale, source de toute population, et divisentle pays par cantons nommés pièves. Chaque canton renfermait des familles in-lluentes, toujours rivales, souvent en guerre, et qui avaient beaucoup de ressem-blance avec les clans de l’Ecosse . A la menace d’un danger public, elles sus-pendaient leurs querelles, et se réunissaient pour la défense commune. C’étaitsur la valeur des propriétés que se mesurait l’importance des familles et de leurclientèle. Un pareil ordre de choses divisait la Corse en aristocraties patrimo-niales, combinées toutefois avec l’indépendance des habitants ; car dans laguerre étrangère ou dans la guerre civile, chacun d’eux s’armait à ses frais, etvenait de lui-même combattre sous la bannière de l’une des familles les plusconsidérables de sa piève. La confédération des pièves formait la nationalitécorse.
Les villes maritimes devaient à leur position, comme;» la nature de leur po-pulation, une destinée particulière et toute différente. En effet, constammentoccupées depuis plusieurs siècles par des garnisons génoises, et habitées par desfamilles italiennes déportées par leurs propres gouvernements ou chassées pardes factions victorieuses, elles se trouvaient en quelque soi'te hors de l’associa-tion nationale. Leurs habitants ne pouvaient y entrer et exercer de l’influencedans l’intérieur du pays que par des établissements et des acquisitions dans lespièves.
En 1757, Pascal l’aoli leva l’étendard de l’indépendance contre les Génois;ceux-ci, qui, désespérant depuis le douzième siècle d’assujettir les Corses, n’enavaient pas moins poursuivi cette vaine entreprise, imploi’èrent l’appui de laFrance contre leurs ennemis. Le duc de Choiseul saisit avec empressementl’occasion de donner une possession aussi importante au royaume, et envoyadans la 'Méditerranée des troupes commandées par le marquis de Chauvelin et