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Histoire de Napoléon / par de Norvins ; vignettes par Raffet
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marcher sous le nouveau drapeau, Bonaparte avait fait appeler Sébastiani,son ami et son compatriote, et, après lui avoir confié les projets du lende-main, il lui dit de s’assurer de son régiment, et de le diviser en deux parties,dont six cents hommes à pied prendraient position, le 18, à six heures du ma-tin, dans la rue Royale, sur la place Louis XV, sans pouvoir communiquer avecqui que ce fût. Sébastiani devait ensuite se rendre chez Bonaparte avec quatrecents chevaux, occuper les avenues de sa maison jusqu’à la rue du Mont-Blanc , et donner pour consigne à ses vedettes de laisser entrer tous les militairesqui se présenteraient, mais de ne permettre à personne de sortir.

Le ministre de la guerre, Dubois de Crancé , n'avait pu ignorer le mouvementmilitaire qui se préparait depuis quelques jours dans les casernes et parmi les offi-ciers, en faveur du général Bonaparte ; il eut des preuves certaines du projetformé d'enlever la garnison de Paris et de l’employer à une révolution contre legouvernement. Il alla au Luxembourg , le 1”, en donner avis à Gohicr, présidentdu Directoire, et lui proposa de faire arrêter le général Bonaparte , le lendemain.Mais les directeurs, qui se reposaient sur les rapports de Louché et sur les sen-timents que Bonaparte leur avait témoignés constamment depuis son retour,Gohier surtout, que Bonaparte ménageait le plus, parce qu'il craignait davantageson influence républicaine, se récrièrent contre le dessein du ministre, et restè-rent dans l'ignorance complète de ce qui allait se passer. Cependant Dubois deCrancé , qui ne voulait pas être pris tout-à-fait au dépourvu, dans le cas où leDirectoire se réveillerait, avait consigné toutes les troupes dans leurs casernes.Le colonel Sébastiani reçut, le 18, à cinq heures du matin, l’ordre de se rendreau ministère, comme il montait à cheval, avec ses dragons. Sébastiani mitl’ordre dans sa poche et arriva avec ses quatre cents chevaux à l’hôtel Bona-parte . Le général l’envoya inviter ses officiers à déjeuner. En chemin, Sébas-tiani rencontra, dans la longue et étroite avenue qui conduisait à la maison deBonaparte, le général Lefebvre en voiture; ce général était commandant de Pa-ris ; il demanda avec sévérité au colonel en vertu de quel ordre il était à latête de son régiment : « Le général Bonaparte vous le dira, » répondit Sébastiani.Lefebvre ordonna à son cocher de sortir et de le ramener chez lui. Alors Sé-bastiani fit connaître sa consigne et engagea Lefebvre à entrer chez Bonaparte pour s’entendre avec lui. Lefebvre, voyant l’impossibilité de faire tourner savoiture dans l’avenue, et de se soustraire à la consigne donnée, se décida àsuivre le conseil de Sébastiani. En arrivant chez le général Bonaparte , il l'inter-rogea sur le mouvement de troupes qui avait lieu d’après ses ordres, et lui fitde violents reproches. Quand il eut fini, Bonaparte lui dit froidement : « Géné-<( ral Lefebvre, vous êtes une des colonnes de la république ; je veux la sauver« aujourd'hui avec vous, et la délivrer des avocats qui perdent notre belle«. France . Voilà pourquoi je vous ai engagé à venir chez moi ce matin. — Les« avocats! répondit le général Lefebvre; oui, vous avez raison, il faut les chas-